dimanche 8 juillet 2018

Rouille

Autrice : Floriane Soulas
Edition : Scrineo
Parution originale : 16 mai 2018
Genre : Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 384

Résumé : Paris, 1897. Les plus grandes puissances européennes se sont lancées à l’assaut de la Lune et de nouveaux matériaux découverts sur le satellite envahissent peu à peu la Terre. Ces grandes avancées scientifiques révolutionnent l’industrie et la médecine, mais pas pour tout le monde. Et dans les faubourgs, loin de l’hyper-centre protégé par le dôme sous lequel vivent les puissants, le petit peuple de Paris survit tant bien que mal. Violante est une prostituée sans mémoire, ignorant jusqu’à son âge réel. Dans un monde où son désir de vérité passe après celui de ses clients et de ses patrons, la jeune fille tente de retrouver la trace de ses origines perdues. Alors qu’une vague de meurtres particulièrement horribles ensanglante la capitale, Satine, son amie et seul soutien, disparait dans d’étranges circonstances. Violante, elle, se voit offrir une porte de sortie à ce demi-monde violent qui la retient prisonnière, mais décide malgré tout de prendre part aux investigations.
   Rouille est le premier roman de Floriane Soulas, connue sur Internet sous le pseudonyme Sailor Flo, ainsi que pour parler en vidéo de littérature de l'imaginaire (SFFF) sur Youtube. Comme j'adore cette fille, et que j'ai eu le privilège, comme pour ses abonnés, de suivre presque en direct la construction de son roman jusqu'à sa publication, c'est avec une joie immense que je me suis précipitée en librairie afin d'acquérir son roman dès sa sortie. Steampunk + époque victorienne + Paris = Gaëlle ravie et satisfaite, et ce fut le cas jusqu'à la toute dernière page.

   Floriane nous emmène à Paris, dans les dernières années du XIXè siècle. Un Paris imaginaire, dans lequel les avancées technologiques sont bien plus accrues qu'elles ne le sont actuellement dans notre monde, car il est fréquent par exemple que les plus riches de ce monde prennent quelques jours de vacances dans leur maison secondaire sur la Lune. D'ailleurs, la Lune est une véritable attraction dans ce monde, puisqu'un nouveau matériau très résistant a été découvert et permet une révolution industrielle dans le domaine de la médecine et de l'industrie grâce au développement de machines et de prothèse médicales de plus en plus performantes. C'est dans ce monde qu'évolue Violante, une jeune fille amnésique recueillie dans une maison close, devenue prostituée. Un jour, sa meilleure amie, Satine, disparaît dans des circonstances étranges et effrayantes. En se mettant à la recherche de l'identité de l'agresseur, elle en apprendra bien plus sur elle-même qu'elle ne l'a fait auparavant.

   Le sujet de la quête d'identité est au cœur de ce roman. D'abord, on retrouve la propre quête de Violante, qui tente de comprendre comment et pourquoi elle est arrivée aux Jardins, la maison close qui l'a recueillie, alors qu'elle ne se souvient que de son nom et du fait qu'elle a débarqué à Paris trois ans auparavant. En parallèle, la jeune fille essaie de retrouver le ou les coupables des agressions et meurtres qui menacent Paris, ainsi que de la vente et diffusion de cette nouvelle drogue qui circule en ville et rend presque automatiquement accro quiconque en prend. Le jeu des masques et des dissimulations d'identité est aussi de rigueur : Violante, lorsqu'elle fait des passes, se cache derrière le masque de Duchesse, et c'est également un masque qu'elle revêt dans les moments où elle manque de courage, où elle a peur, où elle a besoin de se préserver. Mais c'est également derrière un masque que se cache le meurtrier qui menace Paris... chaque personnage dans ce roman se cache derrière une identité qui n'est pas la sienne afin de se préserver, se cacher, ou d'agir de façon malveillante en toute impunité.

   Rouille est un roman qui regorge de personnages tous plus intéressants les uns que les autres : d'abord Violante, qui reste le personnage principal, est très attachante, l'écriture de Floriane fait que l'on croit en elle et en ses actes, et qu'on a envie de suivre ses aventures dans les rues de Paris. Malgré quelques clichés concernant le personnage, comme le stéréotype de l'orpheline sans mémoire au médaillon, je serais bien mal placée pour m'en offusquer puisque j'use de ce cliché moi-même sur un de mes propres personnages d'un de mes projets d'écriture. En outre, ce n'est clairement pas dérangeant puisque les clichés sont rares dans ce roman. Il présente une intrigue assez originale, très bien transcrite, et donne envie au lecteur de poursuivre sans lâcher le roman.
   Mes deux personnages préférés restent Jules et Léon. Pour ce qui est de Léon, je pense que j'ai été influencée par le fait qu'il s'agisse du personnage préféré de l'autrice, cela se ressent dans l'écriture de ce personnage qu'elle l'adore car c'est un sentiment qu'elle arrive à communiquer à travers sa plume. Le personnage de Jules est écrit et décrit tout en finesse : d'abord antagoniste de Violante, petit à petit, sans que le lecteur ne s'en rende compte, l'écriture subtile du personnage glisse, se modifie, et il devient peu à peu le meilleur allié de Violante. Je suis particulièrement attirée par ce genre d'écriture de personnage, quand celle-ci présente un personnage comme un antagoniste, et que peu à peu l'écriture donne du relief à ce personnage qui s'étoffe peu à peu, et change pour devenir meilleur.

   Finalement, le seul bémol que je pourrais attribuer à ce roman, ne vient pas du fond du roman, mais de la forme. Peut-être est-ce parce que lorsque j'ai lu Rouille j'étais en stage en maison d'édition, et par déformation professionnelle j'étais plus attentive à ce que je lisais, mais j'ai découvert de nombreuses coquilles que je n'avais jamais remarqué dans les romans de Scrineo, ce qui est fort dommage quand on sait le nombre de corrections qui ont été apportées à ce roman, et par l'autrice, et par les éditeurs.

   Enfin, je voudrais conclure en avertissant les âmes sensibles : Violante ne porte pas ce prénom par hasard. Rouille est un roman qui présente un monde dans lequel la violence sévit, et parfois, certaines scènes sont très graphiques. Le roman emprunte aux genres du roman policier et du roman noir, et il n'est pas rare de lire des descriptions de scènes de crime très crues, et autres scènes de violences physiques, mais également mentales et morales. Si vous décidez de lire Rouille, faites-le en tant que lecteurs avertis. Pour ma part, j'ai adoré ce roman, et j'espère qu'il ne sera pas le dernier de Floriane qui est une autrice très prometteuse.

jeudi 31 mai 2018

Les Soeurs Carmines, tome 3 : Dolorine à l'école

Auteur : Ariel Holzl
Edition : Mnémos (Indés de l'Imaginaire)
Collection : Naos
Parution originale : 24 mai 2018
Genre : Jeunesse, Fantasy, Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 262
   Résumé : L'école de la vie n'a point de vacances. Même quand on y meurt.Pour Dolorine Carmine, la rentrée des classes est une bonne occasion de se faire de nouveaux ennemis camarades. Cependant, la fillette n'a pas trop l'habitude de parler avec les vivants. les fantômes, en revanche... Dans le pensionnat bizarre tout à fait normal où elle a atterri, les spectres manquent pourtant à l'appel. Ont-ils été chassés par les horreurs mignonnes petites bestioles des environs ? A moins qu'ils ne travaillent au laboratoire de Miss Elizabeth, la nouvelle institutrice ?
Personne ne semble avoir la réponse.
Monsieur Nyx veut tout brûler.
Mais Dolorine reste optimiste : en fouinant partout, elle finira bien par les retrouver ! Un peu de curiosité n'a jamais tué personne... si ?
"Ça compte comme un truc qu'on fait dans la vie, être mort ?" p. 47

   On se retrouve aujourd'hui pour parler du dernier tome des Sœurs Carmines de Ariel Holzl, que j'ai encore une fois dévoré très rapidement. Et pourquoi tu te demandes ? Parce que je l'ai adoré, tiens !
   Si le premier tome était consacré à Merryvère, et le deuxième à Tristabelle, vous vous doutez, je pense, que le troisième et dernier tome suit les aventures de Dolorine Carmine. Ce tome-ci est un peu différent des autres, car il change de cadre pour son intrigue principale : nous quittons Grisaille pour le pensionnat où Dolorine va commencer ses études. Cependant, le récit que nous livre ce dernier tome n'est pas dénué de lien entre le pensionnat et la ville qui caractérise l'univers de cette trilogie.

   C'est la première année de Dolorine à l'école, et elle est super excitée parce qu'elle est déterminée à se faire de vrais amis vivants pour une fois, forte des précieux conseils que lui a prodigué sa peluche Monsieur Nyx, à base de meurtres et de pièges, bien évidemment. Mais elle est aussi ravie d'intégrer le pensionnat, parce qu'il paraît que c'est le genre d'endroit qui regorge de fantômes. Malheureusement, il apparaît bien vite à Dolorine que les fantômes ne sont pas au rendez-vous, et elle décide alors de consacrer son temps libre à leur recherche, entre les cours, les coups bas entre camarades de classe et les mystérieuses fées qui peuplent la forêt alentour...

    Une fois de plus, ce que j'ai le plus aimé dans ce tome, c'est l'atmosphère que dégage le roman. Le décor du pensionnat renforce le caractère gothique de la trilogie. D'ailleurs, ce pensionnat en a rappelé un autre à mon bon souvenir, dans un roman classique anglais qui utilise aussi des procédés du roman gothique : le pensionnat de Lowood dans Jane Eyre de Charlotte Brontë. Je ne sais pas si c'était voulu, mais j'ai retrouvé quelques similitudes avec celui-ci dans Les Sœurs Carmines, ce qui est à rajouter à ma bonne expérience de lecture. 
   Et puisque nous parlons de l'intertextualité du roman, nous retrouvons également des références à Frankenstein de Mary Shelley sur le besoin universel de tromper la mort, aux films de zombies, ainsi qu'aux révoltes communistes qui ont ponctué notre Histoire. Ça y est, j'ai votre attention ?

   Nous connaissions déjà Dolorine à travers les pages de son "Journal secret et mystérieux" que nous ne devions SURTOUT pas lire mais dont quelques pages se sont sans doute retrouvées coincées par mégarde dans les deux tomes précédents lors de leur impression (Monsieur Nyx n'y est sans doute pas pour rien dans l'histoire...), et qui donnaient déjà une idée du personnage qu'est Dolorine. Celle-ci reste fidèle à elle-même, elle est très drôle, le plus souvent à ses dépens car elle se retrouve toujours dans des situations rocambolesques qu'elle affronte avec une insouciance et un optimisme à toute épreuve. Cela crée un comique de situation absolument génial, l'auteur se fondant sur le très jeune âge, et donc l'innocence, de la petite fille qui ne comprend pas très bien le monde qui l'entoure et s'invente ses propres histoires pour lui donner un sens.

 " Je crois que Maman fait des trucs de "s'hex"... hasarda Dolorine.
- S'hex ? s'étonna Desdémone. Comme les "hex" des sorcières ?
- Oui. Mais avec plus de bisous ! Le "s'hex", c'est la magie des câlins." p. 47

   Ariel Holzl use également du comique de l'absurde en se servant de l'imagination débordante dont font preuve les enfants qui constituent une majorité des personnages de ce roman. Notamment, et je trouve cela d'une grande finesse, il utilise le jeune âge de ses personnages pour jouer avec les mots et le vocabulaire, et pour appuyer sur la complexité de certains mots pour des enfants. Ils vont alors, en décomposant le mot, et en passant par des explications tirées par les cheveux, donner une définition du mot très similaire à celle des adultes, ce qui constitue un certain type d'humour assez subtil que j'affectionne beaucoup.

"Elle était certaine qu'il s'agissait d'un de ces subterfuges onctueux du langage que l'on regroupait sous le terme de "l'arête-au-Rick".
La fillette ne connaissait pas personnellement le dénommé "Rick", mais il semblait avoir inventé tout un tas d'expressions permettant de dire le contraire de ce que l'on pensait vraiment. Grâce à elles, on pouvait finir les conversations épineuses en queue de poisson - d'où l'"arête" en question." p. 49

   Nous retrouvons une fois de plus dans ce dernier tome une caractéristique de l'écriture de l'auteur que j'adore : il change de style d'écriture en fonction du point de vue du personnage. Le premier tome se faisait passer pour un roman de cape et d'épée avec Merryvère, rappelant l'univers du jeu vidéo dans lequel l'auteur a travaillé ; le deuxième se présentait comme une sorte de monologue entre Tristabelle et le lecteur, et ce tome-ci ressemble à un cahier d'écolier, avec des râteaux radeaux naseaux ratures qui ponctuent le récit, des petits dessins (que nous devons à Melchior Ascaride, un illustrateur dont j'aime beaucoup le travail et qui a aussi dessiné les couvertures des trois tomes) un peu partout, des effets de style qui donnent l'impression que le livre est piqueté de taches d'humidité, ainsi que des pages du journal de Dolorine. Ceci renforce le côté enfantin et puéril de Dolorine, qui est tout de même une très jeune enfant, mais souligne également l'intelligence et la curiosité dont elle fait souvent preuve. 
   De plus, il est intéressant de passer par le prisme du regard de Dolorine dans ce tome, car l'auteur se sert de l'impact que le monde a sur la perception de l'enfant pour modeler son écriture. Dolorine est un personnage à la fois innocent et très étrange, qui a sa propre vision des évènements qu'elle vit et n'hésite pas à en faire part à son lecteur. Cependant, il existe un décalage entre ces évènements tels qu'elle les vit, et la façon qu'elle a de les raconter au lecteur, ce qui fait d'elle un narrateur non fiable, comme l'était Tristabelle dans le deuxième tome, la différence étant que ce n'est jamais calculé avec Dolorine, elle est simplement sans filtre entre son imagination et la réalité. Cela demande au lecteur de faire un effort pour démêler le vrai du faux dans ce qu'elle raconte.

  Par ailleurs, l'intrigue de ce tome permet de s'attarder sur certains détails de l'histoire, en filigrane, sans que l'auteur ne se montre explicite sur le sujet. Il aborde notamment les tensions qui régissent les relations entre les huit familles nobles de Grisaille, puisque tous les camarades de classe de Dolorine sont issus de la noblesse, ainsi que sur la famille qui a disparu, les Amécrins ; on apprend enfin des choses sur la nature de Monsieur Nyx, la peluche mystérieuse de Dolorine, ainsi que sur ce que représente le progrès technologique dans l'univers de l'auteur. Le fait que l'auteur crée cette sorte de connivence, de dialogue tacite avec le lecteur montre que le propos de ce roman est assez mature malgré les apparences, et qu'il existe plusieurs niveaux de lecture dans cette trilogie, destinée à la jeunesse mais qui envoie également des messages aux plus âgés de ses lecteurs.

   En définitive, Dolorine à l'école constitue une belle conclusion à une trilogie scandaleusement géniale. Dolorine, bien qu'elle partage avec ses sœurs le fait d'être une anti-héroïne atypique et imparfaite qui rompt avec les codes de l'héroïne traditionnelle de roman, est la plus attachante et attendrissante des trois sœurs Carmines, bien qu'en y réfléchissant bien, je la trouverais flippante avec sa peluche si je la croisais. J'ai par conséquent passé un excellent moment en compagnie de cette famille dans les rues de Grisaille, et j'attends de voir l'auteur s'illustrer dans d'autres œuvres, littéraires ou non d'ailleurs.

https://buffyslibrary.blogspot.fr/search/label/Coup%20de%20c%C5%93ur

mercredi 2 mai 2018

100 000 canards par un doux soir d'orage

Auteur : Thomas Carreras
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Parution originale : 2015
Genre : Horreur, Jeunesse, Humour
Origine : France
Nombre de pages : 312
Résumé : Anatidaephobia [n.f.] : Peur panique à l'idée d'être observé par des canards.
Quand Ginger, globe-trotteuse de 19 ans, débarque à Merrywaters - le bled le plus paumé d'Angleterre - pour assister à un festival de musique, elle est loin de se douter que les canards seraient aussi nombreux dans le coin. Ni qu'ils commenceront à l'espionner...
LA SUITE ? AH NON, C'EST TOUT, ON NE VOUS DIT PLUS RIEN !

   Je tiens, au cas où certains volatiles seraient en train de m'observer en ce moment même, qu'aucun canard n'a été blessé au cours de ma lecture de 100 000 canards par un doux soir d'orage. Non parce que, si vous n'avez jamais ouvert le livre de Thomas Carreras, vous ne pouvez pas vous rendre compte à quel point ces piafs peuvent être diaboliques, sournois et meurtriers, et ce, quand tout le monde a le dos tourné, évidemment ! Oh non, j'espère qu'ils ne m'ont pas entendue ! Ils seraient capables de me le faire payer... Ils sont partout... ils m'observent...

   Par le bec d'un anatidé, ILS ME SUIVENT !

   Imaginez que vous venez de l'autre bout de la Terre pour assister à un minuscule festival de musique dans un bled pourri en Angleterre. Vous atterrissez dans un petit pub juste à côté du lieu du festival, vous obligez le patron à vous donner un job pour payer votre place, vous écoutez les histoires pleines de superstition des habitants, notamment des histoires à propos de canards... et vous commencez à remarquer que ces rôtis sur pattes ont un regard des plus mauvais, surtout celui-là, là-bas, au fond, avec la cicatrice qui va du haut du crâne jusqu'au bec, qui vous fixe d'une façon des plus inquiétantes... c'est l'expérience que va vivre Ginger, jeune américaine venue de Paradise City (et là je viens de vous mettre la chanson des Guns n'Roses dans la tête) et qui a tout donné pour voir son groupe préféré en concert. Ginger va complètement perdre la boule à cause de centaines de canards qui la poursuivent et veulent sa mort.

   Parce que, oui, je vous l'ai pas dit, mais ce roman est littéralement UN SLASHER AVEC DES CANARDS !
   Thomas Carreras, avec ce roman, rend hommage aux slashers américains, de type Vendredi 13 ou Halloween, dans lesquels les protagonistes sont poursuivis par une entité maléfique qui va les tuer d'une manière bien gore les uns après les autres, et ce, avec tous les tropes de ce genre de films : le personnage principal qui alerte tout le monde mais n'est cru par personne ; le grand méchant de l'histoire, ici le Désosseur, qui a un background des plus tragiques ; un environnement gothique, ici un bled paumé et grisâtre d'Angleterre, par une nuit d'orage. Et d'un autre côté, l'auteur mêle à cette atmosphère glauque une touche d'humour dans une satire bienveillante de l'anatidaephobie, une phobie des plus singulières puisqu'il s'agit de la peur panique à l'idée d'être observé par des canards.

   Et, nom d'un canard, qu'est-ce que le mélange est bon ! L'auteur arrive à retranscrire l'atmosphère d'un slasher grâce à un style d'écriture très cinématographique, en faisant des focus sur certains éléments du décors et des personnages, des effets de travelling sur les paysages, des zooms soudains, et le texte est travaillé comme si le personnage qui parle portait une caméra subjective à l'épaule. Cela instaure un effet dynamique à la lecture et la rend très fluide. Le début du roman est particulièrement hilarant grâce à un comique de situation très bien maîtrisé, mais au fur et à mesure de la lecture, l'atmosphère s'assombrit de plus en plus, en gardant tout de même son essence complètement loufoque.
   Thomas Carreras offre également des personnages bien construits, légèrement clichés certes, mais dans le contexte du roman, ce n'est pas dérangeant, c'est même une qualité puisque son intention est de mettre en lumière les différents tropes d'un bon slasher. De plus, et c'est ce que j'ai bien aimé, les personnages élaborent chacun de leurs plans pour s'en sortir en fonction des films et séries d'horreur et de zombies qu'ils ont pu voir : Shaun of the Dead, The Walking Dead, The Night of the Living Dead... ce qui crée un fort capital sympathie entre le lecteur et les personnages puisqu'on partage une certaine connivence avec eux, et cela renforce l'hommage aux films d'horreur que ce roman veut rendre.

   Si vous aimez les films d'horreur, si vous aimez l'absurde, alors 100 000 canards par un doux soir d'orage est un livre qui vous plaira très certainement, pour toutes les raisons que j'ai mentionné précédemment. C'est loufoque, et en même temps parfois un peu effrayant, c'est très intelligent et vraiment bien écrit ! J'avais l'impression d'être au cinéma, les yeux rivés sur mon livre. Il ne vous reste plus qu'à voler vers votre librairie pour acquérir cette perle, mais attention à ne pas y laisser des plumes !


dimanche 22 avril 2018

Qui a peur de la mort ?

Autrice : Nnedi Okorafor
Editeur : ActuSF (Indés de l'Imaginaire)
Parution originale : 2013
Genre : SF, Fantasy
Origine : Etats-Unis
Nombre de pages : 550
   Résumé :  Afrique, après l’apocalypse. Le monde a changé de bien des façons, mais il est une région où les génocides intertribaux continuent d’ensanglanter la terre.
Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi.
Elle erre dans le désert dans l’espoir d’y mourir,
mais donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.
Persuadée que son enfant est différente, extraordinaire, elle la nomme « Onyesonwu », ce qui signifie, dans une langue ancienne : « Qui a peur de la mort ? »
À mesure qu’Onye grandit, elle comprend peu à peu qu’elle porte les stigmates physiques et sociaux de sa violente conception. Des pouvoirs magiques aussi insolites que remarquables commencent à se manifester chez elle alors qu’elle est encore enfant. Sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à quitter son foyer pour se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, l’histoire, l’amour, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu’elle porte.
   J'ai lu ce roman en partie parce qu'un ami libraire a beaucoup insisté auprès de moi pour que je le lise. Son argument de vente ? "Le roman sera bientôt adapté en série par HBO, si tu le lis maintenant tu pourras dire que tu connaissais avant que ça devienne mainstream". Il m'en faut peu pour me convaincre de lire un livre, oui, et vous inquiétez pas, il le sait bien, va. 
   Ma deuxième raison tient dans le fait, comme je le disais quand je parlais des Sœurs Carmines, ma lecture a été un tel coup de cœur qu'elle donné envie de connaître en profondeur le catalogue des éditions Mnémos. De fil en aiguille, j'ai appris que la maison d'édition faisait partie du collectif des Indés de l'Imaginaire qui rassemble donc Mnémos, les Moutons Electriques et enfin, ActuSF, qui édite Qui a peur de la mort ?.

   Mon avis sur ce roman est assez mitigé, et se divise en deux parties, qui suit d'ailleurs le schisme qui se crée dans le roman. 
   La première partie du roman narre la jeunesse de l'héroïne, Onyesonwu, dans le village de Jwahir, en Afrique, de sa petite enfance jusqu'à l'âge adulte. Onyesonwu a une particularité : parmi ses camarades à la peau d'ébène et aux cheveux d'un noir corbeau, elle est la seule à avoir une peau et des cheveux couleur de sable, ce qui fait d'elle une paria au sein de la société. Au fur et à mesure que la petite fille grandit pour devenir une femme, elle va en apprendre beaucoup à son propos, sur sa conception, sa naissance ainsi que sur ses propres capacités, magiques ou non. Cette première partie du livre a une fonction de roman d'apprentissage, car l'héroïne va subir des épreuves qui vont la faire grandir et progresser, mais qui, inexorablement, vont la mener vers la chute qui va amorcer la deuxième partie du roman. J'ai également vu des emprunts de tropes aux shonen japonais, notamment en ce qui concerne l'apprentissage de sorcière de Onye. Mais ce que j'ai le plus aimé dans cette partie, c'est la façon qu'a l'autrice de créer un personnage féminin complexe, tiraillé entre sa conscience qui lui dit que les traditions, telles que le mariage ou encore l'excision, oppressent et aliènent les femmes, et de l'autre son besoin d'effacer le plus possible sa différence, de s'intégrer véritablement à son peuple, alors qu'elle sait pertinemment qu'aucun des pas qu'elle fera vers la tradition ne changera quoi que ce soit de ce que le monde pense d'elle. 
   Cette première partie est très riche, en personnages complexes et en rebondissements, mais elle présente également une histoire extrêmement bien ficelée, ce qui renforce d'autant plus ma déception en ce qui concerne la deuxième partie.

   Cette deuxième partie se présente comme une quête, en effet, Onyesonwu part à la recherche d'une personne contre laquelle elle nourrit une haine sans bornes, accompagnée de ses amis et forte de son apprentissage de sorcière. Et c'est là que j'ai commencé à beaucoup m'ennuyer dans ma lecture. Là où la première partie présentait plusieurs branches différentes de l'histoire, ce qui donnait la sensation de ne pas savoir où donner de la tête tant il se passait des choses, l'intrigue dans cette deuxième partie est telle une trame rectiligne, sans beaucoup de relief, à l'image du trajet que semblent faire les personnages dans leur quête. Cette deuxième partie a un rythme beaucoup plus lent également, j'ai mis beaucoup plus de temps à la lire, j'avais juste la sensation qu'il ne se passait rien du tout, alors qu'objectivement, on ne peut pas dire qu'il ne s'y passe rien. 

   En définitive, ce que l'on peut retirer de positif de cette lecture, et bien qu'on y trouve certaines longueurs comme précisé auparavant, c'est d'abord un mélange de tropes de la littérature de tous horizons assez bien dosé : nous retrouvons les aspects du dépassement de soi dans les domaines surnaturels, ainsi que l'apprentissage d'un jeune prodige auprès un vieux sage, comme dans la plupart des mangas japonais, mais également des caractéristiques propres aux genres de la tragédie grecque et du roman d'apprentissage typiquement français, le tout dans une écriture assez hollywoodienne qui se prête facilement à l'adaptation cinématographique ou télévisuelle, comme cela sera le cas bientôt à la télévision américaine. En effet, la chaîne privé HBO a acheté les droits du livre afin d'en faire une série diffusée sur leurs créneaux, chaîne qui diffuse notamment la très célèbre série Game of Thrones qui adapte à l'écran la saga de George R. R. Martin A Song of Ice and Fire. 
   On y retrouve également un personnage féminin, Onyesonwu, qui est très complexe et a beaucoup de relief : comme on la voit évoluer et grandir, elle passe par de nombreuses phases et émotions qui craquèlent l'image que l'on se fait d'elle, parce qu'elle est complètement imparfaite, et que ça fait du bien de voir un personnage féminin sur lequel on ne cristallise pas des comportements typiquement féminins. Cette notion est notamment représentative du personnage de Mwita, qui fonde sa vision du monde sur une limite bien distinguée du rôle de la femme et de l'homme dans la société, et qui a du mal à se tenir dans l'ombre d'Onye. En cela, Qui a peur de la mort ? est un roman qui présente une réflexion profondément féministe, même si ce n'est pas le fond du roman. 

   Même si mon avis est mitigé sur le roman et que j'ai une légère déception sur la deuxième partie du roman, je ne peux que recommander la lecture de Qui a peur de la mort ?, car ce roman présente une histoire et un point de vue très original dans la littérature de l'imaginaire. Premièrement, c'est un roman qui prend place en Afrique et offre donc de la visibilité pour ce continent et certaines de ses mœurs trop peu exploitées dans la littérature occidentale. Ensuite, c'est un roman qui présente des réflexion féministes, ce qui est très rare dans un roman qui traite de sujets propres à la fantasy. Enfin, vous trouverez un personnage féminin particulièrement génial car présentant beaucoup de relief et explosant tous les clichés qui reposent sur les femmes dans la fantasy. Je vous recommande donc chaudement la lecture de ce roman, ne serait-ce que pour pouvoir vous pavaner et dire "Ouais, je sais, j'ai déjà lu le livre." quand on vous dira bientôt "Tu as vu la nouvelle série de HBO ?"

lundi 19 mars 2018

Sirius

Auteur : Stéphane Servant
Edition : Le Rouergue
Collection : Epik
Parution originale : 2017
Genre : Jeunesse, Science-Fiction
Origine : France
Nombre de pages : 474

   Résumé : Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d'élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s'écoule doucement... jusqu'au jour où le mystérieux passé d'Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers.

   Je l'annonce sans détours : Stéphane Servant est aujourd'hui, avec Philip Pullman, un de mes auteurs pour la jeunesse favoris. Auteur aussi bien de romans pour adolescents que d'albums pour les enfants, sa plume poétique a ravi mon cœur et mes yeux à ma première lecture du Cœur des louves, l'an dernier. Il revient pour la rentrée littéraire de 2017 avec son nouveau roman, Sirius, qui est aussi beau à l'extérieur qu'il l'est à l'intérieur. 
   Sirius raconte l'histoire d'un monde dévasté, dans un futur post apocalyptique, alors qu'une maladie rendant tout être vivant infertile ronge la Terre. C'est dans ce monde qu'évolue notre personnage principal, Avril, et son petit frère, Kid. Nous les découvrons alors qu'ils survivent dans la forêt depuis des années, dans une cabane en haut d'un arbre, entre des expéditions pour récupérer de la nourriture, et l'éducation de l'enfant. Kid est en effet un petit garçon de six ou sept ans qui ne connaît pas le monde tel qu'il était avant, et éprouve notamment un intérêt croissant pour les animaux, qui, suppose-t-on, sont tous morts. Perchés dans cet arbre, Avril, afin de canaliser la vive énergie de son petit frère, raconte à Kid qu'il leur faut attendre Sirius, et qu'alors ils pourront rejoindre leurs parents en haut de la Montagne. Mais un évènement surgissant du passé d'Avril revient les hanter, les forçant à quitter leur abri plus tôt que prévu, et à partir dans un road trip haletant, plongeant dans une aventure incroyable.

   Avec ce roman, Stéphane Servant nous transporte dans un monde qui se meurt, qu'il arrive à faire vivre grâce à une plume sublime et d'une poésie rare. Par des associations d'idées et de sons, l'auteur nourrit aussi bien nos sens que notre imaginaire. Il est très agréable notamment de lire ses romans à voix haute, et Sirius n'est pas une exception.
   Avec ce roman, Stéphane Servant nourrit une réflexion sur l'avenir de l'humanité, et l'urgence dans notre monde qui souffre de revenir en arrière, avant qu'il ne soit trop tard. Il va même plus loin que cela : l'Homme n'est pas le sujet de ce roman, c'est la vie en général. Les animaux ont la part belle dans ce roman, avec Kid qui notamment, d'une certaine façon, fait la transition entre les hommes et les animaux, et petit à petit, il devient un enfant sauvage. L'auteur arrive à montrer cette transition tout en douceur tout au long du roman. Petit à petit, il perd ses acquis humains, mais acquiert une sagesse animale, une sagesse aussi vieille que le monde, que nous découvrons lors de ses "lectures" du "Livre Vivant".
   Sous couvert d'un roman de science-fiction, Sirius aborde des sujets qui sont d'actualité dans notre monde actuel : l'écologie, pour commencer, est l'un des thèmes principaux du roman, puisque les personnages évoluent dans un monde qui se meurt parce que l'homme n'a pas respecté la nature ; l'immigration est un autre thème abordé, notamment à un moment du roman où Avril et Kid se retrouvent dans un bidonville de sans-abris qui attendent désespérément de passer un mur pour atteindre la Ville, mur qui rappelle fortement celui qui sépare le Mexique et les États-Unis, que les mexicains sont prêts à tout pour passer ; et enfin, la maladie, qui règne partout dans le monde.

   Sirius est un roman extrêmement touchant, d'une tristesse infinie, mais toujours entre ses pages transparaît l'espoir. Je n'imagine pas le monde se finir autrement que la façon dont il le décrit dans cette histoire, même si toujours la vie reprend le dessus. Stéphane Servant montre encore que l'Homme est capable du pire (fanatisme, résignation, violence) comme du meilleur (bonté, entraide, tolérance) au fur et à mesure qu'Avril et Kid rencontrent des protagonistes sur leur route. Jusqu'à atteindre la Montagne, où, enfin, le fin mot de l'histoire vous sera révélé...

  Pour finir, je dirais qu'encore une fois, Stéphane Servant ne me déçoit pas avec Sirius. L'imaginaire de l'auteur a le don de me transporter dans des contrées de mon esprit que je n'aurais jamais soupçonnées, et de nourrir mon esprit de réflexions à la fin de chacun de ses romans. C'est un roman que j'ai conseillé et vendu à tout adolescent qui est passé à la librairie où j'étais en stage, car il aborde des thèmes essentiels dans notre société actuelle, et il est important de sensibiliser les plus jeunes à ces sujets, ainsi que de rappeler aux plus âgés que notre devoir est de donner à nos enfants une Terre en meilleur état que la génération précédente nous l'a laissée.

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vendredi 2 mars 2018

Les Soeurs Carmines, tome 2 : Belle de gris

Auteur : Ariel Holzl
Edition : Mnémos
Collection : Naos
Parution originale : 16 novembre 2017
Genre : Jeunesse, Fantasy, Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 270
   Résumé : Trois semaines séparent Tristabelle Carmine du Grand Bal de la Reine. Trois semaines pour trouver la robe de ses rêves, un masque, une nouvelle paire d’escarpins… et aussi un moyen d’entrer au Palais. Car Tristabelle n’a pas été invitée. Mais ça, c’est un détail. Tout comme les voix dans sa tête ou cette minuscule série de meurtres qui semble lui coller aux talons.

En tout cas, elle ne compte pas rater la fête. Quitte à écumer les bas-fonds surnaturels de Grisaille, frayer avec des criminels, travailler dans une morgue ou rejoindre un culte. S’il le faut, elle ira même jusqu’à tuer demander de l’aide à sa petite sœur. Car Tristabelle Carmine est une jeune femme débrouillarde, saine et équilibrée. Ne laissez pas ses rivales ou ses admirateurs éconduits vous convaincre du contraire. Ils sont juste jaloux. Surtout les morts.
   J'ai poursuivi ma lecture des Sœurs Carmines avec le deuxième tome aussitôt que j'ai posé le tome 1, une chose qui ne m'arrive que très rarement. D'habitude, j'aime laisser reposer une série avec un autre livre, mais là, le besoin de lire la suite des aventures de ces sœurs complètement barrées était plus fort que tout, et m'a submergée avec une voracité sans précédent.
   Comme je l'ai mentionné précédemment, chaque tome de cette série est consacré à une des sœurs. Si le premier suivait Merryvère sur les toits de Grisaille, nous retrouvons Tristabelle, l'aînée, dans le deuxième. Et Tristabelle s'avère être un personnage encore plus haut en couleurs que sa cadette. La jeune fille apprend que la Reine recherche une dame de compagnie parmi les jeunes filles de la haute société de Grisaille, et bien que Tristabelle ne remplisse pas tout le contrat, ce n'est pas ce qui va arrêter la jeune fille. Alors Tristabelle part en quête de la tenue parfaite afin d'écraser toutes ses rivales.

   Si le sujet vous semble plus léger que dans le premier tome, rassurez-vous (ou non), car ce n'est absolument pas le cas. Outre le fait que, dans ce tome, une série de meurtres semble coller aux basques de Tristabelle et va nous préoccuper une très grande partie du roman, il s'avère également que la jeune fille a une manière très... particulière, de faire les boutiques. Machiavélique au sens littéral du terme, Tristabelle est prête à tout pour supplanter ses concurrentes, car pour elle, la fin justifie les moyens. Quitte à provoquer des émeutes pour une paire de chaussures, ou encore espionner ses concurrentes avec des moyens assez originaux. Sans compter qu'elle passe son temps à embêter sa sœur Merryvère, par amour sororal, bien entendu. Tristabelle est un personnage ambivalent, car on pourrait penser qu'elle est absolument détestable par son comportement, mais l'auteur nous en laisse deviner suffisamment sur la jeune fille pour éprouver de l'empathie et avoir envie de croire en elle et de la suivre.
   Ariel Holzl change complètement de style d'écriture avec ce deuxième tome qu'il signe, et on comprend par là-même qu'il en sera sans doute de même avec le tome 3, peut-être écrit sous la forme des carnets de Dolorine ? En tous cas, ce tome 2 adopte la forme du point de vue interne, c'est-à-dire que le lecteur est littéralement plongé dans les pensées de Tristabelle, qui entame une sorte de dialogue avec celui-ci. Le roman brise sans cesse le quatrième mur, Tristabelle s'adresse sans discontinuer à son lecteur, en l'amadouant et le méprisant à la fois, l'envoie sur les roses un instant, puis le cajole à la ligne suivante, et cette forme d'écriture participe à l'implication du lecteur dans sa lecture. Cela renforce le comique de ce roman, qui n'en manque pas, car le lecteur rit de l'insolence dont fait preuve ce personnage proprement scandaleux.

   Je ne peux pas parler plus longtemps de ce tome sans me répéter par rapport à ma chronique sur le tome 1, ou sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Quoiqu'il en soit, lire Les Soeurs Carmines, c'est rencontrer trois personnages féminins atypiques, complètement atteintes et délicieusement imparfaites. Lire Les Soeurs Carmines, c'est découvrir un univers jeunesse qui sort des sentiers battus et, bien que certains passages soient convenus, ça reste un roman pour adolescents, il ne cesse néanmoins pas de surprendre son lecteur, par son style comme par son histoire.

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mardi 13 février 2018

Les Soeurs Carmines, tome 1 : Le complot des corbeaux

Auteur : Ariel Holzl
Edition : Mnémos
Collection : Naos
Parution originale : 16 mars 2017
Genre : Jeunesse, Fantasy, Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 263
   Résumé : Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les mœurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.
Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…
   J'ai commencé à lire Les Sœurs Carmines, je l'avoue, parce que mes amies ont presque toutes succombées à la saga d'Ariel Holzl, et que j'étais très curieuse de voir le travail de la maison d'édition Mnémos, en particulier de sa collection jeunesse Naos.
   Le complot des corbeaux est le premier tome d'une saga jeunesse à l'univers décalé et singulier, ainsi que le premier roman de l'auteur. Ariel Holzl nous livre avec Les Sœurs Carmines une histoire à laquelle je suis peu habituée en littérature jeunesse, et j'ai donc eu un coup de cœur pour ce premier tome.

   Chaque tome des Sœurs Carmines présente le point de vue d'une des sœurs. L'histoire se situe au XIXè siècle dans une ville imaginaire, Grisaille. Dans cette ville qui porte quand même très bien son nom, il n'est pas rare de croiser un vampire au détour d'une rue, ou une gorgone au milieu de son jardin de statues, et même des zombies employés dans la publicité. Une ville chaleureuse, en sorte. Nous y rencontrons Merryvère, la sœur cadette, qui, afin de subvenir aux besoins de ses sœurs, exerce la dangereuse, et parfaitement illégale, profession de monte-en-l'air. Merry se retrouve, lors d'un contrat qui a mal tourné, au cœur des querelles dans lesquelles s'affrontent les grandes familles de la ville de Grisaille. Parce que oui, à Grisaille, on se trucide allègrement, on se tire dans les pattes, et parfois même, on se fait kidnapper par des vampires. Et la pauvre Merryvère va se mettre dans un pétrin sans nom à cause... d'une petite cuillère. Règle n°1 : ne sous-estimez jamais la dangerosité de cet instrument maléfique.

   Ariel Holzl nous livre avec sa saga un univers à l'atmosphère victorienne, à tendance steampunk, tout en la mêlant à un style naturaliste, et par ici, on adore le mélange. C'est également une saga pleine d'humour, en constant décalage : Merry et ses sœurs vivent au milieu des goules et des vampires comme si c'était la chose la plus normale du monde (il est possible de prendre des bains de sang dans le salon d'esthétique des vampires, notamment), et c'est ce qui crée l'humour de la saga, et le fait qu'on ne peut pas s'empêcher de rire aux éclats à la lecture de ce livre.
   Cependant, c'est à double tranchant : nous pouvons également voir dans ce livre une sorte de satire qui dénonce d'un côté les inégalités sociales, et de l'autre, se moque des plus puissants de ce monde. Dans Les Sœurs Carmines, l'auteur dépeint un monde dans lequel Merryvère est obligée de voler pour subvenir aux besoins de ses sœurs, lesquelles se retrouvent petit à petit de plus en plus dépouillées de leurs biens car elles n'arrivent plus à payer les frais de la maison qu'elles habitent. Cependant, pas question de verser dans le pathos, grâce à des héroïnes qui brisent les normes, et un univers particulièrement grisant.

   Merryvère est un personnage génial pour introduire l'univers de ces romans : on peut la considérer comme la plus "normale" de ses sœurs et à travers elle, le lecteur peut s'identifier à elle et s'imprégner de l'histoire. C'est un personnage malchanceux et maladroit, et elle casse les codes de l'héroïne ingénue dont les défauts cristallisent le côté attirant du personnage : Merryvère est un personnage complètement à côté de ses pompes, un peu bizarre, carrément maladroite, et ces défauts ne tendent pas à rendre le personnage plus sympathique, car il n'a pas besoin de ça pour l'être, mais ont tendance à participer au comique du roman.
  L'aînée des sœurs s'appelle Tristabelle, et bien que le tome qui lui est consacré est le suivant, nous pouvons l'apercevoir dès le tome 1, et je peux déjà dire qu'il s'agit de mon personnage préféré. Je n'avais jamais rencontré un personnage aussi scandaleux et à la fois indécent dans un livre, et rien que le fait décrire ces mots me donne envie de rire aux éclats. Tristabelle est une dangereuse sociopathe narcissique, qui aime autant les belles toilettes que les bains de sang de vierges. Chacune de ses interventions dans ce premier tome a un sass incroyable, et mériterait d'être encadrée. C'est bien simple, chaque fois qu'elle apparaissait dans le tome 1, j'avais juste envie de sortir les pop corn et d'admirer le spectacle, et le chaos qu'elle met sur son passage. Du grand art.
   La dernière des sœurs est la benjamine, et s'appelle Dolorine. Dolorine a beau être la plus jeune, elle est encore plus atteinte que ses aînées, puisqu'elle a des conversations très sérieuses avec son ours en peluche, et qu'elle peut voir des fantômes. C'est un don qui pourrait servir à ses sœurs, cependant par de malheureux concours du sort, Dolorine oublie toujours de les prévenir de ce qu'elle sait, et souvent, il est trop tard quand elles s'en rendent compte. On ne fait que l'apercevoir dans le tome 1 au travers des pages de son journal intime, puisque le tome qui lui est consacré est le troisième de la saga. Ces passages du journal de Dolorine font partie de mes moments préférés du tome 1, car ils sont fondés sur le décalage entre l'innocence de la petite fille et les situations parfois terrifiantes dans lesquelles elle se met et qu'elle affronte avec indifférence, sinon un certain amusement, et la convergence de ces deux points fait de ces scènes des moments de pur délice.

   Pour finir, j'ai envie de vous pousser à tenter l'aventure des Soeurs Carmines, car c'est une saga jeunesse d'une originalité sans bornes, et d'une impertinence qui dépasse les bornes. Cette saga apporte un vent de fraîcheur dans la littérature jeunesse d'aujourd'hui, et c'est également l'occasion de découvrir les éditions Mnémos, qui est une petite maison d'édition très sympathique, que je ne connaissais pas, mais que je vais suivre de près à partir de maintenant. Je vais maintenant me plonger dans la tête de la dangereuse Tristabelle en attaquant le deuxième tome, et je sens déjà qu'il va être mon préféré de toute la saga.

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