mardi 18 septembre 2018

Mes conseils lectures pour journées pluvieuses d'automne

Salut toi !

   Je fais partie de ces personnes pour qui l'automne est la saison préférée d'entre toutes. Moi ce que j'aime, c'est pas sauter dans les vagues, mais dans les flaques, c'est pas les chaleurs écrasantes, mais plutôt voir des feuilles de toutes les couleurs tourbillonner dans les airs au rythme du vent, et bien que le ciel bleu, ce soit très joli, je préfère entendre la pluie taper au carreau pendant que je lis un bon livre enroulée dans un plaid chaud, une tasse de thé fumant à la main. 



   Et justement, cela faisait longtemps que je n'avais pas publié un article de conseils de lectures, mais aujourd'hui, j'ai envie de vous proposer des lectures qui, selon moi, sont idéales pour les mois d'automne. Voici donc une sélection de quelques romans à lire au coin du feu, alors que la pluie tombe dehors !

Le Mystère Sherlock  - J.M. Erre

    Dans mon esprit, les romans policiers, d'enquêtes, d'espionnage, etc... tout ceci sent bon l'automne. Le Mystère Sherlock est un roman d'enquêtes un peu plus original que d'autres, puisqu'il s'agit en réalité d'une parodie de roman à la Sherlock Holmes. L'histoire est la suivante : En Suisse, un colloque sur Sherlock Holmes, organisé à l'hôtel Baker Street et auquel ont participé une dizaine d'universitaires, est coupé court après une avalanche qui s'y est abattue. Le prix de ce colloque ? Devenir le titulaire de la première chaire d'holmésologie jamais créée à la Sorbonne. Cela vaut bien une petite série de meurtres... non ?
   Ce roman rend hommage aux plus grandes enquêtes d'Hercule Poirot et Sherlock Holmes, mêlant à la fois suspens et humour, ainsi que des tonnes de rebondissement. Un petit bijou.

Les Soeurs Carmines - Ariel Holzl

   J'en rebats les oreilles de tout le monde sur les réseaux sociaux, mais la trilogie Les Sœurs Carmines de Ariel Holzl est idéale pour les mois de la saison des morts. Et pour cause : l'histoire des Sœurs Carmines se passe dans un monde imaginaire, dans la ville de Grisaille, capitale du crime et du meurtre à base de poison dans le thé ou de poignard en argent dans le cœur, dans lequel les êtres humains côtoient vampires, zombies, gorgones, fantômes et autres personnages surnaturels. C'est dans ce monde atypique qu'évoluent Merryvère, Tristabelle et Dolorine Carmine, les personnages que nous suivons. A chaque sœur, un tome lui correspond, dans lequel chacune va vivre des aventures rocambolesques. Au programme : courses poursuites avec des vampires, sorties shopping funestes, et enquêtes fantomatiques dans les couloirs d'un pensionnat. La trilogie mêle atmosphère gothique et ambiance sombre à la Tim Burton, associé à un style d'écriture varié et très cinématographique et visuel. Je vous recommande ces lectures, mais à vos risques et périls...

Le Dompteur d'Avalanches - Margot Delorme

   Un bon petit roman de fantasy qui se passe dans les montagnes, mais oui, mais quelle bonne idée Gaëlle ! Ce roman saura sans doute remporter tous les suffrages, puisque l'histoire semble sortie tout droit des studios Ghibli. On va retrouver le personnage de Ditto, qui est un jeune garçon qui passe ses journées entre faire visiter la montagne à des touristes à dos d'ânes, et jouer avec la marmotte qu'il a sauvé deux ans auparavant. Un jour, alors qu'une tragédie s'abat sur la montagne, il apprend qu'il est un "écouleur", c'est-à-dire qu'il est capable de déclencher des avalanches violentes. Pour cela, Ditto est obligé de quitter sa montagne, et d'aller demander conseil à la Lorlaï, l'esprit de la montagne, qui va lui lancer un défi fou. La lecture de ce roman m'a en effet beaucoup fait penser à Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki, avec cette histoire d'un garçon chassé de sa communauté après avoir commis un crime pour aller retrouver son intégrité. La sensibilité à la nature, la crainte des dieux, tout ceci sont des thèmes principaux de ce roman magnifique.

L'épée des Ombres - J.V. Jones

   Une saga de fantasy un peu plus sombre à présent, dont je vous ai déjà présenté le premier tome il y a quelque temps déjà. Si vous cherchez une saga de plusieurs gros pavés avec un peu de magie, des guerres de clans, des histoires politiques, un peu à la Game of Thrones mais plus soft et avec moins de personnages, cette saga est faite pour vous. L'épée des ombres est l'histoire de Raif Ruptur, un jeune adolescent du clan Grêlenoire, un clan de guerriers du nord du continent. Un jour, alors qu'il était en campagne avec des membres de son clan, celui-ci tombe dans une embuscade et les seuls rescapés en sont Raif et son frère.A la suite de cette tragédie, Raif se rend compte de complots qui se trament entre les clans, et se voit obligé de quitter ses terres pour le Sud. Il y rencontre Ash, une jeune fille retenue prisonnière par l'homme qui l'a recueillie bébé, animé d'un soif de pouvoir dévorante. Il se trouve qu'Ash est la clé pour ouvrir un monde étrange, un monde qui pourrait déverser une apocalypse sur le monde. Il faut à tout prix éviter cela, et Raif et Ash se lancent dans une quête à corps perdu dans le froid du grand nord... Bref, vous aurez reconnu quelques traits similaires à la saga emblématique de George R.R. Martin.

Le Maître des Illusions - Donna Tartt

   Un bon gros pavé, à la croisée des chemins entre Le Cercle des Poètes Disparus et How to Get Away with Murder. Est-ce que j'ai vraiment besoin d'en dire plus ? L'histoire de ce roman se passe dans une université du Vermont, aux Etats-Unis. Richard Papen vient d'y décrocher une bourse, et aspire plus que tout à accéder à la classe d'un professeur atypique, Julian Morrow, qui donne cours à une petite poignée d'élèves seulement. Richard va tenter de percer le secret de cette classe étrange... un roman à suspens haletant, que j'ai été incapable de relâcher avant la dernière page.

Charley Davidson - Darynda Jones

   Charley Davidson est ma saga de bit-lit chouchou pour l'automne, car elle réunit tout ce que j'aime en automne : le surnaturel, les enquêtes policières, un peu d'humour acide, un personnage féminin génial et bien construit, des personnages secondaires intéressants. Charley est la Faucheuse, c'est à travers elle que les morts passent afin de rejoindre l'au-delà. C'est hyper pratique pour elle de voir les morts, puisqu'elle est en plus détective privée, du coup, la victime est toujours capable, ou presque, de lui dire qui est le meurtrier. Et en plus de ça, Reyes, un mystérieux jeune homme hyper sexy, ne lui lâche pas les baskets (quelle tragédie !) et semble cacher un grand secret. En bref, une saga très drôle et très prenante.

La Belle Sauvage - Philip Pullman


  Et bien oui, vous commencez à me connaître maintenant, je ne peux décemment pas faire une sélection de romans pour l'automne presque entièrement remplie de romans de littérature de l'imaginaire, sans parler de Philip Pullman et de sa saga de la Poussière. Je vous présente ici La Belle Sauvage, le premier roman de la nouvelle trilogie de A La Croisée des Mondes, dont l'anniversaire de la sortie est pour très bientôt. L'histoire est un préquel de la trilogie originale : dix ans avant les aventures de Lyra et Will, nous rencontrons Malcolm, un jeune garçon qui travaille dans une auberge en face d'un couvent, et qui adore faire du bateau avec sa barque qu'il a appelé "La Belle Sauvage". Malcolm apprend que les nonnes du couvent garde un bébé qui s'appelle Lyra, et qui est l'objet de complot et de convoitises. Malcolm fera tout ce qui est en son pouvoir pour protéger Lyra, à laquelle il se sent lié à jamais. Ce roman représente une très belle replongée dans un univers que j'ai longtemps chéri, et un excellent premier tome d'une nouvelle trilogie. 

 

   Et voilà pour cette sélection ! J'ai essayé d'y mettre du contenu varié et plus ou moins pour tous les goûts, même si bien sûr, celle-ci reflète plus aisément les miens. J'espère cependant avoir piqué votre curiosité avec la plupart des romans que je présente ici. Sur ce, moi, je retourne attendre que l'automne se point vraiment en cette fin de mois de septembre, avec ma tasse de thé.

 



mercredi 8 août 2018

La Princetta et le Capitaine

Autrice : Anne-Laure Bondoux
Edition : Livre de Poche Jeunesse
Parution originale : 2004
Genre : Jeunesse, Aventure
Origine : France
Nombre de pages : 570
   Résumé : Alors que le Coronador de la Galnicie prépare le mariage de sa fille de 15 ans, Malva, celle-ci ne rêve que d'aventures et de liberté, et prépare son évasion du royaume. Mais son premier voyage va se terminer tragiquement, et, d'incidents en incidents, Malva va se découvrir petit à petit, et découvrir ce qu'elle veut vraiment.



 Le mois d'août est pour moi synonyme soit de lectures chill, comme avec Crazy Rich à Singapour de Kevin Kwan que je suis en train de lire actuellement et dont je vous parlerai dans un prochain article (han, teasing !) soit de relectures de romans de mon enfance. ce mois-ci, j'ai donc relu un des romans qui m'ont donné le goût de lire quand j'étais petite : La Princetta et le Capitaine de Anne-Laure Bondoux.
   Pour ma part, je trouve que ce roman est une lecture d'été idéale : histoire d'aventures en mer, quête d'un trésor inespéré, voyage initiatique... Ce roman a un goût de soleil incontestable.

   La Princetta et le Capitaine raconte l'histoire de Malva, la Princetta du royaume de Galnicie. Celle-ci rêve d'aventures et de liberté depuis qu'elle est enfant, alors que ses responsabilités envers le royaume en décident autrement. En effet, étant la Princetta, elle est tenue de succéder à son père le Coronador sur le trône de Galnicie, et doit se préparer en conséquence. Par exemple, en épousant, à l'âge de 15 ans, un prince d'un pays lointain, qui a le double de son âge, afin de créer une alliance et instaurer la paix entre les deux pays. Pour échapper à son destin, Malva s'évade donc à bord d'un bateau pour aller explorer le monde. Cependant, les choses ne se passeront pas comme prévues, et le Coronador, inquiet de la disparition de sa fille, envoie donc une équipe de matelots en sauvetage, avec à son bord Orféus Mac Bott, le deuxième personnage principal de cette odyssée.

   Je n'utilise pas le terme d'odyssée par hasard : ce terme a pour signification d'être "une grande aventure", et c'est en tous point ce que raconte La Princetta et le Capitaine, mais il renvoie également au poème éponyme de l'aède grec Homère, L'Odyssée, dans lequel Ulysse, après la Guerre de Troie, rentre à Ithaque avec son armée, mais avant cela, va errer dans la mer Méditerranée pendant dix ans, allant d'aventures en aventures, de pièges en pièges, de monstres en monstres. On sent qu'Anne-Laure Bondoux a beaucoup puisé dans ce texte mythologique afin d'écrire son roman : Malva va en effet errer en mer avec ses compagnons de voyage, accostant d'îles en îles, rencontrant de nouveaux personnages, affrontant la mer agitée à cause de dieux qui se fâchent. Ils ont même un vieux chien qui les accompagne, comme le vieux chien d'Ulysse qui attend de retrouver son maître avant d'expirer.

   J'ai rarement lu un roman, surtout un roman jeunesse, où les personnages vivent autant d'aventures que dans La Princetta et le Capitaine. Il n'y a pas un seul instant d'accalmie, les personnages vivent des aventures à chaque page du roman, et le lecteur a à peine le temps de souffler un moment qu'il y a un autre problème qui arrive ou une nouveauté à découvrir, et c'est, pour moi qui décroche rapidement et se déconcentre facilement si je ne suis pas happée par ce que je fais, une vraie qualité de ce roman.

   De plus, les personnages sont très bien construits : Anne-Laure Bondoux fait en sorte que chaque personnage aient un background solide qui va leur servir durant leur voyage, ce qui donne du relief à chaque personnage du roman, alors qu'elle aurait pu faire l'erreur de se concentrer uniquement sur ses deux personnages principaux, Malva et Orféus. On discerne cependant quels sont les protagonistes principaux, mais l'autrice arrive à donner de l'importance à chaque personnage, à tel point que mon personnage féminin préféré n'est pas Malva, alors que généralement j'adore les personnages principaux, mais c'est Lei. Je trouve Lei très impressionnante car elle parle toutes les langues (je RÊVE d'avoir cette capacité) et est aussi, de part sa culture, très bonne médecin également. Sans Lei, il n'y aurait eu honnêtement aucune aventure possible dans ce roman. Orféus est mon personnage masculin préféré de l'histoire, et aussi un de mes premiers crush littéraires. C'est un personnage avec des peurs et une anxiété enfouies en lui, mais qui ne l'empêchent pas de rester déterminé et persévérant, et je trouve que c'est un personnage extrêmement courageux.

   La Princetta et le Capitaine est en définitive un roman idéal pour cet été, qui sent bon les embruns de la mer, le sable chaud sous les pieds et les aventures extraordinaires à bord d'un navire à voile. Il me semble cependant (c'est la libraire qui parle là) que ce roman est épuisé en librairie et disponible uniquement en roman d'occasion. Néanmoins, il est possible de commander en librairie la nouvelle version que le Livre de Poche a édité, qui présente une fin alternative du roman écrite par Anne-Laure Bondoux à cette occasion :


   Je vous conseille vraiment de lire La Princetta et le Capitaine. Si vous êtes adultes, ne vous arrêtez pas au fait qu'il s'agit d'un roman jeunesse, ce serait trop dommage car vous prendriez énormément de plaisir à le lire vous aussi, et vous verriez ainsi la profondeur des références que propose l'autrice à travers ce roman. Et si vous avez des enfants, surtout s'ils n'ont pas le goût de la lecture à 10/11 ans, offrez-leur ce roman, ils vous remercieront.

https://buffyslibrary.blogspot.fr/search/label/Coup%20de%20c%C5%93ur

dimanche 8 juillet 2018

Rouille

Autrice : Floriane Soulas
Edition : Scrineo
Parution originale : 16 mai 2018
Genre : Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 384

Résumé : Paris, 1897. Les plus grandes puissances européennes se sont lancées à l’assaut de la Lune et de nouveaux matériaux découverts sur le satellite envahissent peu à peu la Terre. Ces grandes avancées scientifiques révolutionnent l’industrie et la médecine, mais pas pour tout le monde. Et dans les faubourgs, loin de l’hyper-centre protégé par le dôme sous lequel vivent les puissants, le petit peuple de Paris survit tant bien que mal. Violante est une prostituée sans mémoire, ignorant jusqu’à son âge réel. Dans un monde où son désir de vérité passe après celui de ses clients et de ses patrons, la jeune fille tente de retrouver la trace de ses origines perdues. Alors qu’une vague de meurtres particulièrement horribles ensanglante la capitale, Satine, son amie et seul soutien, disparait dans d’étranges circonstances. Violante, elle, se voit offrir une porte de sortie à ce demi-monde violent qui la retient prisonnière, mais décide malgré tout de prendre part aux investigations.
   Rouille est le premier roman de Floriane Soulas, connue sur Internet sous le pseudonyme Sailor Flo, ainsi que pour parler en vidéo de littérature de l'imaginaire (SFFF) sur Youtube. Comme j'adore cette fille, et que j'ai eu le privilège, comme pour ses abonnés, de suivre presque en direct la construction de son roman jusqu'à sa publication, c'est avec une joie immense que je me suis précipitée en librairie afin d'acquérir son roman dès sa sortie. Steampunk + époque victorienne + Paris = Gaëlle ravie et satisfaite, et ce fut le cas jusqu'à la toute dernière page.

   Floriane nous emmène à Paris, dans les dernières années du XIXè siècle. Un Paris imaginaire, dans lequel les avancées technologiques sont bien plus accrues qu'elles ne le sont actuellement dans notre monde, car il est fréquent par exemple que les plus riches de ce monde prennent quelques jours de vacances dans leur maison secondaire sur la Lune. D'ailleurs, la Lune est une véritable attraction dans ce monde, puisqu'un nouveau matériau très résistant a été découvert et permet une révolution industrielle dans le domaine de la médecine et de l'industrie grâce au développement de machines et de prothèse médicales de plus en plus performantes. C'est dans ce monde qu'évolue Violante, une jeune fille amnésique recueillie dans une maison close, devenue prostituée. Un jour, sa meilleure amie, Satine, disparaît dans des circonstances étranges et effrayantes. En se mettant à la recherche de l'identité de l'agresseur, elle en apprendra bien plus sur elle-même qu'elle ne l'a fait auparavant.

   Le sujet de la quête d'identité est au cœur de ce roman. D'abord, on retrouve la propre quête de Violante, qui tente de comprendre comment et pourquoi elle est arrivée aux Jardins, la maison close qui l'a recueillie, alors qu'elle ne se souvient que de son nom et du fait qu'elle a débarqué à Paris trois ans auparavant. En parallèle, la jeune fille essaie de retrouver le ou les coupables des agressions et meurtres qui menacent Paris, ainsi que de la vente et diffusion de cette nouvelle drogue qui circule en ville et rend presque automatiquement accro quiconque en prend. Le jeu des masques et des dissimulations d'identité est aussi de rigueur : Violante, lorsqu'elle fait des passes, se cache derrière le masque de Duchesse, et c'est également un masque qu'elle revêt dans les moments où elle manque de courage, où elle a peur, où elle a besoin de se préserver. Mais c'est également derrière un masque que se cache le meurtrier qui menace Paris... chaque personnage dans ce roman se cache derrière une identité qui n'est pas la sienne afin de se préserver, se cacher, ou d'agir de façon malveillante en toute impunité.

   Rouille est un roman qui regorge de personnages tous plus intéressants les uns que les autres : d'abord Violante, qui reste le personnage principal, est très attachante, l'écriture de Floriane fait que l'on croit en elle et en ses actes, et qu'on a envie de suivre ses aventures dans les rues de Paris. Malgré quelques clichés concernant le personnage, comme le stéréotype de l'orpheline sans mémoire au médaillon, je serais bien mal placée pour m'en offusquer puisque j'use de ce cliché moi-même sur un de mes propres personnages d'un de mes projets d'écriture. En outre, ce n'est clairement pas dérangeant puisque les clichés sont rares dans ce roman. Il présente une intrigue assez originale, très bien transcrite, et donne envie au lecteur de poursuivre sans lâcher le roman.
   Mes deux personnages préférés restent Jules et Léon. Pour ce qui est de Léon, je pense que j'ai été influencée par le fait qu'il s'agisse du personnage préféré de l'autrice, cela se ressent dans l'écriture de ce personnage qu'elle l'adore car c'est un sentiment qu'elle arrive à communiquer à travers sa plume. Le personnage de Jules est écrit et décrit tout en finesse : d'abord antagoniste de Violante, petit à petit, sans que le lecteur ne s'en rende compte, l'écriture subtile du personnage glisse, se modifie, et il devient peu à peu le meilleur allié de Violante. Je suis particulièrement attirée par ce genre d'écriture de personnage, quand celle-ci présente un personnage comme un antagoniste, et que peu à peu l'écriture donne du relief à ce personnage qui s'étoffe peu à peu, et change pour devenir meilleur.

   Finalement, le seul bémol que je pourrais attribuer à ce roman, ne vient pas du fond du roman, mais de la forme. Peut-être est-ce parce que lorsque j'ai lu Rouille j'étais en stage en maison d'édition, et par déformation professionnelle j'étais plus attentive à ce que je lisais, mais j'ai découvert de nombreuses coquilles que je n'avais jamais remarqué dans les romans de Scrineo, ce qui est fort dommage quand on sait le nombre de corrections qui ont été apportées à ce roman, et par l'autrice, et par les éditeurs.

   Enfin, je voudrais conclure en avertissant les âmes sensibles : Violante ne porte pas ce prénom par hasard. Rouille est un roman qui présente un monde dans lequel la violence sévit, et parfois, certaines scènes sont très graphiques. Le roman emprunte aux genres du roman policier et du roman noir, et il n'est pas rare de lire des descriptions de scènes de crime très crues, et autres scènes de violences physiques, mais également mentales et morales. Si vous décidez de lire Rouille, faites-le en tant que lecteurs avertis. Pour ma part, j'ai adoré ce roman, et j'espère qu'il ne sera pas le dernier de Floriane qui est une autrice très prometteuse.

jeudi 31 mai 2018

Les Soeurs Carmines, tome 3 : Dolorine à l'école

Auteur : Ariel Holzl
Edition : Mnémos (Indés de l'Imaginaire)
Collection : Naos
Parution originale : 24 mai 2018
Genre : Jeunesse, Fantasy, Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 262
   Résumé : L'école de la vie n'a point de vacances. Même quand on y meurt.Pour Dolorine Carmine, la rentrée des classes est une bonne occasion de se faire de nouveaux ennemis camarades. Cependant, la fillette n'a pas trop l'habitude de parler avec les vivants. les fantômes, en revanche... Dans le pensionnat bizarre tout à fait normal où elle a atterri, les spectres manquent pourtant à l'appel. Ont-ils été chassés par les horreurs mignonnes petites bestioles des environs ? A moins qu'ils ne travaillent au laboratoire de Miss Elizabeth, la nouvelle institutrice ?
Personne ne semble avoir la réponse.
Monsieur Nyx veut tout brûler.
Mais Dolorine reste optimiste : en fouinant partout, elle finira bien par les retrouver ! Un peu de curiosité n'a jamais tué personne... si ?
"Ça compte comme un truc qu'on fait dans la vie, être mort ?" p. 47

   On se retrouve aujourd'hui pour parler du dernier tome des Sœurs Carmines de Ariel Holzl, que j'ai encore une fois dévoré très rapidement. Et pourquoi tu te demandes ? Parce que je l'ai adoré, tiens !
   Si le premier tome était consacré à Merryvère, et le deuxième à Tristabelle, vous vous doutez, je pense, que le troisième et dernier tome suit les aventures de Dolorine Carmine. Ce tome-ci est un peu différent des autres, car il change de cadre pour son intrigue principale : nous quittons Grisaille pour le pensionnat où Dolorine va commencer ses études. Cependant, le récit que nous livre ce dernier tome n'est pas dénué de lien entre le pensionnat et la ville qui caractérise l'univers de cette trilogie.

   C'est la première année de Dolorine à l'école, et elle est super excitée parce qu'elle est déterminée à se faire de vrais amis vivants pour une fois, forte des précieux conseils que lui a prodigué sa peluche Monsieur Nyx, à base de meurtres et de pièges, bien évidemment. Mais elle est aussi ravie d'intégrer le pensionnat, parce qu'il paraît que c'est le genre d'endroit qui regorge de fantômes. Malheureusement, il apparaît bien vite à Dolorine que les fantômes ne sont pas au rendez-vous, et elle décide alors de consacrer son temps libre à leur recherche, entre les cours, les coups bas entre camarades de classe et les mystérieuses fées qui peuplent la forêt alentour...

    Une fois de plus, ce que j'ai le plus aimé dans ce tome, c'est l'atmosphère que dégage le roman. Le décor du pensionnat renforce le caractère gothique de la trilogie. D'ailleurs, ce pensionnat en a rappelé un autre à mon bon souvenir, dans un roman classique anglais qui utilise aussi des procédés du roman gothique : le pensionnat de Lowood dans Jane Eyre de Charlotte Brontë. Je ne sais pas si c'était voulu, mais j'ai retrouvé quelques similitudes avec celui-ci dans Les Sœurs Carmines, ce qui est à rajouter à ma bonne expérience de lecture. 
   Et puisque nous parlons de l'intertextualité du roman, nous retrouvons également des références à Frankenstein de Mary Shelley sur le besoin universel de tromper la mort, aux films de zombies, ainsi qu'aux révoltes communistes qui ont ponctué notre Histoire. Ça y est, j'ai votre attention ?

   Nous connaissions déjà Dolorine à travers les pages de son "Journal secret et mystérieux" que nous ne devions SURTOUT pas lire mais dont quelques pages se sont sans doute retrouvées coincées par mégarde dans les deux tomes précédents lors de leur impression (Monsieur Nyx n'y est sans doute pas pour rien dans l'histoire...), et qui donnaient déjà une idée du personnage qu'est Dolorine. Celle-ci reste fidèle à elle-même, elle est très drôle, le plus souvent à ses dépens car elle se retrouve toujours dans des situations rocambolesques qu'elle affronte avec une insouciance et un optimisme à toute épreuve. Cela crée un comique de situation absolument génial, l'auteur se fondant sur le très jeune âge, et donc l'innocence, de la petite fille qui ne comprend pas très bien le monde qui l'entoure et s'invente ses propres histoires pour lui donner un sens.

 " Je crois que Maman fait des trucs de "s'hex"... hasarda Dolorine.
- S'hex ? s'étonna Desdémone. Comme les "hex" des sorcières ?
- Oui. Mais avec plus de bisous ! Le "s'hex", c'est la magie des câlins." p. 47

   Ariel Holzl use également du comique de l'absurde en se servant de l'imagination débordante dont font preuve les enfants qui constituent une majorité des personnages de ce roman. Notamment, et je trouve cela d'une grande finesse, il utilise le jeune âge de ses personnages pour jouer avec les mots et le vocabulaire, et pour appuyer sur la complexité de certains mots pour des enfants. Ils vont alors, en décomposant le mot, et en passant par des explications tirées par les cheveux, donner une définition du mot très similaire à celle des adultes, ce qui constitue un certain type d'humour assez subtil que j'affectionne beaucoup.

"Elle était certaine qu'il s'agissait d'un de ces subterfuges onctueux du langage que l'on regroupait sous le terme de "l'arête-au-Rick".
La fillette ne connaissait pas personnellement le dénommé "Rick", mais il semblait avoir inventé tout un tas d'expressions permettant de dire le contraire de ce que l'on pensait vraiment. Grâce à elles, on pouvait finir les conversations épineuses en queue de poisson - d'où l'"arête" en question." p. 49

   Nous retrouvons une fois de plus dans ce dernier tome une caractéristique de l'écriture de l'auteur que j'adore : il change de style d'écriture en fonction du point de vue du personnage. Le premier tome se faisait passer pour un roman de cape et d'épée avec Merryvère, rappelant l'univers du jeu vidéo dans lequel l'auteur a travaillé ; le deuxième se présentait comme une sorte de monologue entre Tristabelle et le lecteur, et ce tome-ci ressemble à un cahier d'écolier, avec des râteaux radeaux naseaux ratures qui ponctuent le récit, des petits dessins (que nous devons à Melchior Ascaride, un illustrateur dont j'aime beaucoup le travail et qui a aussi dessiné les couvertures des trois tomes) un peu partout, des effets de style qui donnent l'impression que le livre est piqueté de taches d'humidité, ainsi que des pages du journal de Dolorine. Ceci renforce le côté enfantin et puéril de Dolorine, qui est tout de même une très jeune enfant, mais souligne également l'intelligence et la curiosité dont elle fait souvent preuve. 
   De plus, il est intéressant de passer par le prisme du regard de Dolorine dans ce tome, car l'auteur se sert de l'impact que le monde a sur la perception de l'enfant pour modeler son écriture. Dolorine est un personnage à la fois innocent et très étrange, qui a sa propre vision des évènements qu'elle vit et n'hésite pas à en faire part à son lecteur. Cependant, il existe un décalage entre ces évènements tels qu'elle les vit, et la façon qu'elle a de les raconter au lecteur, ce qui fait d'elle un narrateur non fiable, comme l'était Tristabelle dans le deuxième tome, la différence étant que ce n'est jamais calculé avec Dolorine, elle est simplement sans filtre entre son imagination et la réalité. Cela demande au lecteur de faire un effort pour démêler le vrai du faux dans ce qu'elle raconte.

  Par ailleurs, l'intrigue de ce tome permet de s'attarder sur certains détails de l'histoire, en filigrane, sans que l'auteur ne se montre explicite sur le sujet. Il aborde notamment les tensions qui régissent les relations entre les huit familles nobles de Grisaille, puisque tous les camarades de classe de Dolorine sont issus de la noblesse, ainsi que sur la famille qui a disparu, les Amécrins ; on apprend enfin des choses sur la nature de Monsieur Nyx, la peluche mystérieuse de Dolorine, ainsi que sur ce que représente le progrès technologique dans l'univers de l'auteur. Le fait que l'auteur crée cette sorte de connivence, de dialogue tacite avec le lecteur montre que le propos de ce roman est assez mature malgré les apparences, et qu'il existe plusieurs niveaux de lecture dans cette trilogie, destinée à la jeunesse mais qui envoie également des messages aux plus âgés de ses lecteurs.

   En définitive, Dolorine à l'école constitue une belle conclusion à une trilogie scandaleusement géniale. Dolorine, bien qu'elle partage avec ses sœurs le fait d'être une anti-héroïne atypique et imparfaite qui rompt avec les codes de l'héroïne traditionnelle de roman, est la plus attachante et attendrissante des trois sœurs Carmines, bien qu'en y réfléchissant bien, je la trouverais flippante avec sa peluche si je la croisais. J'ai par conséquent passé un excellent moment en compagnie de cette famille dans les rues de Grisaille, et j'attends de voir l'auteur s'illustrer dans d'autres œuvres, littéraires ou non d'ailleurs.

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mercredi 2 mai 2018

100 000 canards par un doux soir d'orage

Auteur : Thomas Carreras
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Parution originale : 2015
Genre : Horreur, Jeunesse, Humour
Origine : France
Nombre de pages : 312
Résumé : Anatidaephobia [n.f.] : Peur panique à l'idée d'être observé par des canards.
Quand Ginger, globe-trotteuse de 19 ans, débarque à Merrywaters - le bled le plus paumé d'Angleterre - pour assister à un festival de musique, elle est loin de se douter que les canards seraient aussi nombreux dans le coin. Ni qu'ils commenceront à l'espionner...
LA SUITE ? AH NON, C'EST TOUT, ON NE VOUS DIT PLUS RIEN !

   Je tiens, au cas où certains volatiles seraient en train de m'observer en ce moment même, qu'aucun canard n'a été blessé au cours de ma lecture de 100 000 canards par un doux soir d'orage. Non parce que, si vous n'avez jamais ouvert le livre de Thomas Carreras, vous ne pouvez pas vous rendre compte à quel point ces piafs peuvent être diaboliques, sournois et meurtriers, et ce, quand tout le monde a le dos tourné, évidemment ! Oh non, j'espère qu'ils ne m'ont pas entendue ! Ils seraient capables de me le faire payer... Ils sont partout... ils m'observent...

   Par le bec d'un anatidé, ILS ME SUIVENT !

   Imaginez que vous venez de l'autre bout de la Terre pour assister à un minuscule festival de musique dans un bled pourri en Angleterre. Vous atterrissez dans un petit pub juste à côté du lieu du festival, vous obligez le patron à vous donner un job pour payer votre place, vous écoutez les histoires pleines de superstition des habitants, notamment des histoires à propos de canards... et vous commencez à remarquer que ces rôtis sur pattes ont un regard des plus mauvais, surtout celui-là, là-bas, au fond, avec la cicatrice qui va du haut du crâne jusqu'au bec, qui vous fixe d'une façon des plus inquiétantes... c'est l'expérience que va vivre Ginger, jeune américaine venue de Paradise City (et là je viens de vous mettre la chanson des Guns n'Roses dans la tête) et qui a tout donné pour voir son groupe préféré en concert. Ginger va complètement perdre la boule à cause de centaines de canards qui la poursuivent et veulent sa mort.

   Parce que, oui, je vous l'ai pas dit, mais ce roman est littéralement UN SLASHER AVEC DES CANARDS !
   Thomas Carreras, avec ce roman, rend hommage aux slashers américains, de type Vendredi 13 ou Halloween, dans lesquels les protagonistes sont poursuivis par une entité maléfique qui va les tuer d'une manière bien gore les uns après les autres, et ce, avec tous les tropes de ce genre de films : le personnage principal qui alerte tout le monde mais n'est cru par personne ; le grand méchant de l'histoire, ici le Désosseur, qui a un background des plus tragiques ; un environnement gothique, ici un bled paumé et grisâtre d'Angleterre, par une nuit d'orage. Et d'un autre côté, l'auteur mêle à cette atmosphère glauque une touche d'humour dans une satire bienveillante de l'anatidaephobie, une phobie des plus singulières puisqu'il s'agit de la peur panique à l'idée d'être observé par des canards.

   Et, nom d'un canard, qu'est-ce que le mélange est bon ! L'auteur arrive à retranscrire l'atmosphère d'un slasher grâce à un style d'écriture très cinématographique, en faisant des focus sur certains éléments du décors et des personnages, des effets de travelling sur les paysages, des zooms soudains, et le texte est travaillé comme si le personnage qui parle portait une caméra subjective à l'épaule. Cela instaure un effet dynamique à la lecture et la rend très fluide. Le début du roman est particulièrement hilarant grâce à un comique de situation très bien maîtrisé, mais au fur et à mesure de la lecture, l'atmosphère s'assombrit de plus en plus, en gardant tout de même son essence complètement loufoque.
   Thomas Carreras offre également des personnages bien construits, légèrement clichés certes, mais dans le contexte du roman, ce n'est pas dérangeant, c'est même une qualité puisque son intention est de mettre en lumière les différents tropes d'un bon slasher. De plus, et c'est ce que j'ai bien aimé, les personnages élaborent chacun de leurs plans pour s'en sortir en fonction des films et séries d'horreur et de zombies qu'ils ont pu voir : Shaun of the Dead, The Walking Dead, The Night of the Living Dead... ce qui crée un fort capital sympathie entre le lecteur et les personnages puisqu'on partage une certaine connivence avec eux, et cela renforce l'hommage aux films d'horreur que ce roman veut rendre.

   Si vous aimez les films d'horreur, si vous aimez l'absurde, alors 100 000 canards par un doux soir d'orage est un livre qui vous plaira très certainement, pour toutes les raisons que j'ai mentionné précédemment. C'est loufoque, et en même temps parfois un peu effrayant, c'est très intelligent et vraiment bien écrit ! J'avais l'impression d'être au cinéma, les yeux rivés sur mon livre. Il ne vous reste plus qu'à voler vers votre librairie pour acquérir cette perle, mais attention à ne pas y laisser des plumes !


dimanche 22 avril 2018

Qui a peur de la mort ?

Autrice : Nnedi Okorafor
Editeur : ActuSF (Indés de l'Imaginaire)
Parution originale : 2013
Genre : SF, Fantasy
Origine : Etats-Unis
Nombre de pages : 550
   Résumé :  Afrique, après l’apocalypse. Le monde a changé de bien des façons, mais il est une région où les génocides intertribaux continuent d’ensanglanter la terre.
Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi.
Elle erre dans le désert dans l’espoir d’y mourir,
mais donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.
Persuadée que son enfant est différente, extraordinaire, elle la nomme « Onyesonwu », ce qui signifie, dans une langue ancienne : « Qui a peur de la mort ? »
À mesure qu’Onye grandit, elle comprend peu à peu qu’elle porte les stigmates physiques et sociaux de sa violente conception. Des pouvoirs magiques aussi insolites que remarquables commencent à se manifester chez elle alors qu’elle est encore enfant. Sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à quitter son foyer pour se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, l’histoire, l’amour, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu’elle porte.
   J'ai lu ce roman en partie parce qu'un ami libraire a beaucoup insisté auprès de moi pour que je le lise. Son argument de vente ? "Le roman sera bientôt adapté en série par HBO, si tu le lis maintenant tu pourras dire que tu connaissais avant que ça devienne mainstream". Il m'en faut peu pour me convaincre de lire un livre, oui, et vous inquiétez pas, il le sait bien, va. 
   Ma deuxième raison tient dans le fait, comme je le disais quand je parlais des Sœurs Carmines, ma lecture a été un tel coup de cœur qu'elle donné envie de connaître en profondeur le catalogue des éditions Mnémos. De fil en aiguille, j'ai appris que la maison d'édition faisait partie du collectif des Indés de l'Imaginaire qui rassemble donc Mnémos, les Moutons Electriques et enfin, ActuSF, qui édite Qui a peur de la mort ?.

   Mon avis sur ce roman est assez mitigé, et se divise en deux parties, qui suit d'ailleurs le schisme qui se crée dans le roman. 
   La première partie du roman narre la jeunesse de l'héroïne, Onyesonwu, dans le village de Jwahir, en Afrique, de sa petite enfance jusqu'à l'âge adulte. Onyesonwu a une particularité : parmi ses camarades à la peau d'ébène et aux cheveux d'un noir corbeau, elle est la seule à avoir une peau et des cheveux couleur de sable, ce qui fait d'elle une paria au sein de la société. Au fur et à mesure que la petite fille grandit pour devenir une femme, elle va en apprendre beaucoup à son propos, sur sa conception, sa naissance ainsi que sur ses propres capacités, magiques ou non. Cette première partie du livre a une fonction de roman d'apprentissage, car l'héroïne va subir des épreuves qui vont la faire grandir et progresser, mais qui, inexorablement, vont la mener vers la chute qui va amorcer la deuxième partie du roman. J'ai également vu des emprunts de tropes aux shonen japonais, notamment en ce qui concerne l'apprentissage de sorcière de Onye. Mais ce que j'ai le plus aimé dans cette partie, c'est la façon qu'a l'autrice de créer un personnage féminin complexe, tiraillé entre sa conscience qui lui dit que les traditions, telles que le mariage ou encore l'excision, oppressent et aliènent les femmes, et de l'autre son besoin d'effacer le plus possible sa différence, de s'intégrer véritablement à son peuple, alors qu'elle sait pertinemment qu'aucun des pas qu'elle fera vers la tradition ne changera quoi que ce soit de ce que le monde pense d'elle. 
   Cette première partie est très riche, en personnages complexes et en rebondissements, mais elle présente également une histoire extrêmement bien ficelée, ce qui renforce d'autant plus ma déception en ce qui concerne la deuxième partie.

   Cette deuxième partie se présente comme une quête, en effet, Onyesonwu part à la recherche d'une personne contre laquelle elle nourrit une haine sans bornes, accompagnée de ses amis et forte de son apprentissage de sorcière. Et c'est là que j'ai commencé à beaucoup m'ennuyer dans ma lecture. Là où la première partie présentait plusieurs branches différentes de l'histoire, ce qui donnait la sensation de ne pas savoir où donner de la tête tant il se passait des choses, l'intrigue dans cette deuxième partie est telle une trame rectiligne, sans beaucoup de relief, à l'image du trajet que semblent faire les personnages dans leur quête. Cette deuxième partie a un rythme beaucoup plus lent également, j'ai mis beaucoup plus de temps à la lire, j'avais juste la sensation qu'il ne se passait rien du tout, alors qu'objectivement, on ne peut pas dire qu'il ne s'y passe rien. 

   En définitive, ce que l'on peut retirer de positif de cette lecture, et bien qu'on y trouve certaines longueurs comme précisé auparavant, c'est d'abord un mélange de tropes de la littérature de tous horizons assez bien dosé : nous retrouvons les aspects du dépassement de soi dans les domaines surnaturels, ainsi que l'apprentissage d'un jeune prodige auprès un vieux sage, comme dans la plupart des mangas japonais, mais également des caractéristiques propres aux genres de la tragédie grecque et du roman d'apprentissage typiquement français, le tout dans une écriture assez hollywoodienne qui se prête facilement à l'adaptation cinématographique ou télévisuelle, comme cela sera le cas bientôt à la télévision américaine. En effet, la chaîne privé HBO a acheté les droits du livre afin d'en faire une série diffusée sur leurs créneaux, chaîne qui diffuse notamment la très célèbre série Game of Thrones qui adapte à l'écran la saga de George R. R. Martin A Song of Ice and Fire. 
   On y retrouve également un personnage féminin, Onyesonwu, qui est très complexe et a beaucoup de relief : comme on la voit évoluer et grandir, elle passe par de nombreuses phases et émotions qui craquèlent l'image que l'on se fait d'elle, parce qu'elle est complètement imparfaite, et que ça fait du bien de voir un personnage féminin sur lequel on ne cristallise pas des comportements typiquement féminins. Cette notion est notamment représentative du personnage de Mwita, qui fonde sa vision du monde sur une limite bien distinguée du rôle de la femme et de l'homme dans la société, et qui a du mal à se tenir dans l'ombre d'Onye. En cela, Qui a peur de la mort ? est un roman qui présente une réflexion profondément féministe, même si ce n'est pas le fond du roman. 

   Même si mon avis est mitigé sur le roman et que j'ai une légère déception sur la deuxième partie du roman, je ne peux que recommander la lecture de Qui a peur de la mort ?, car ce roman présente une histoire et un point de vue très original dans la littérature de l'imaginaire. Premièrement, c'est un roman qui prend place en Afrique et offre donc de la visibilité pour ce continent et certaines de ses mœurs trop peu exploitées dans la littérature occidentale. Ensuite, c'est un roman qui présente des réflexion féministes, ce qui est très rare dans un roman qui traite de sujets propres à la fantasy. Enfin, vous trouverez un personnage féminin particulièrement génial car présentant beaucoup de relief et explosant tous les clichés qui reposent sur les femmes dans la fantasy. Je vous recommande donc chaudement la lecture de ce roman, ne serait-ce que pour pouvoir vous pavaner et dire "Ouais, je sais, j'ai déjà lu le livre." quand on vous dira bientôt "Tu as vu la nouvelle série de HBO ?"

lundi 19 mars 2018

Sirius

Auteur : Stéphane Servant
Edition : Le Rouergue
Collection : Epik
Parution originale : 2017
Genre : Jeunesse, Science-Fiction
Origine : France
Nombre de pages : 474

   Résumé : Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d'élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s'écoule doucement... jusqu'au jour où le mystérieux passé d'Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers.

   Je l'annonce sans détours : Stéphane Servant est aujourd'hui, avec Philip Pullman, un de mes auteurs pour la jeunesse favoris. Auteur aussi bien de romans pour adolescents que d'albums pour les enfants, sa plume poétique a ravi mon cœur et mes yeux à ma première lecture du Cœur des louves, l'an dernier. Il revient pour la rentrée littéraire de 2017 avec son nouveau roman, Sirius, qui est aussi beau à l'extérieur qu'il l'est à l'intérieur. 
   Sirius raconte l'histoire d'un monde dévasté, dans un futur post apocalyptique, alors qu'une maladie rendant tout être vivant infertile ronge la Terre. C'est dans ce monde qu'évolue notre personnage principal, Avril, et son petit frère, Kid. Nous les découvrons alors qu'ils survivent dans la forêt depuis des années, dans une cabane en haut d'un arbre, entre des expéditions pour récupérer de la nourriture, et l'éducation de l'enfant. Kid est en effet un petit garçon de six ou sept ans qui ne connaît pas le monde tel qu'il était avant, et éprouve notamment un intérêt croissant pour les animaux, qui, suppose-t-on, sont tous morts. Perchés dans cet arbre, Avril, afin de canaliser la vive énergie de son petit frère, raconte à Kid qu'il leur faut attendre Sirius, et qu'alors ils pourront rejoindre leurs parents en haut de la Montagne. Mais un évènement surgissant du passé d'Avril revient les hanter, les forçant à quitter leur abri plus tôt que prévu, et à partir dans un road trip haletant, plongeant dans une aventure incroyable.

   Avec ce roman, Stéphane Servant nous transporte dans un monde qui se meurt, qu'il arrive à faire vivre grâce à une plume sublime et d'une poésie rare. Par des associations d'idées et de sons, l'auteur nourrit aussi bien nos sens que notre imaginaire. Il est très agréable notamment de lire ses romans à voix haute, et Sirius n'est pas une exception.
   Avec ce roman, Stéphane Servant nourrit une réflexion sur l'avenir de l'humanité, et l'urgence dans notre monde qui souffre de revenir en arrière, avant qu'il ne soit trop tard. Il va même plus loin que cela : l'Homme n'est pas le sujet de ce roman, c'est la vie en général. Les animaux ont la part belle dans ce roman, avec Kid qui notamment, d'une certaine façon, fait la transition entre les hommes et les animaux, et petit à petit, il devient un enfant sauvage. L'auteur arrive à montrer cette transition tout en douceur tout au long du roman. Petit à petit, il perd ses acquis humains, mais acquiert une sagesse animale, une sagesse aussi vieille que le monde, que nous découvrons lors de ses "lectures" du "Livre Vivant".
   Sous couvert d'un roman de science-fiction, Sirius aborde des sujets qui sont d'actualité dans notre monde actuel : l'écologie, pour commencer, est l'un des thèmes principaux du roman, puisque les personnages évoluent dans un monde qui se meurt parce que l'homme n'a pas respecté la nature ; l'immigration est un autre thème abordé, notamment à un moment du roman où Avril et Kid se retrouvent dans un bidonville de sans-abris qui attendent désespérément de passer un mur pour atteindre la Ville, mur qui rappelle fortement celui qui sépare le Mexique et les États-Unis, que les mexicains sont prêts à tout pour passer ; et enfin, la maladie, qui règne partout dans le monde.

   Sirius est un roman extrêmement touchant, d'une tristesse infinie, mais toujours entre ses pages transparaît l'espoir. Je n'imagine pas le monde se finir autrement que la façon dont il le décrit dans cette histoire, même si toujours la vie reprend le dessus. Stéphane Servant montre encore que l'Homme est capable du pire (fanatisme, résignation, violence) comme du meilleur (bonté, entraide, tolérance) au fur et à mesure qu'Avril et Kid rencontrent des protagonistes sur leur route. Jusqu'à atteindre la Montagne, où, enfin, le fin mot de l'histoire vous sera révélé...

  Pour finir, je dirais qu'encore une fois, Stéphane Servant ne me déçoit pas avec Sirius. L'imaginaire de l'auteur a le don de me transporter dans des contrées de mon esprit que je n'aurais jamais soupçonnées, et de nourrir mon esprit de réflexions à la fin de chacun de ses romans. C'est un roman que j'ai conseillé et vendu à tout adolescent qui est passé à la librairie où j'étais en stage, car il aborde des thèmes essentiels dans notre société actuelle, et il est important de sensibiliser les plus jeunes à ces sujets, ainsi que de rappeler aux plus âgés que notre devoir est de donner à nos enfants une Terre en meilleur état que la génération précédente nous l'a laissée.

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