lundi 19 mars 2018

Sirius

Auteur : Stéphane Servant
Edition : Le Rouergue
Collection : Epik
Parution originale : 2017
Genre : Jeunesse, Science-Fiction
Origine : France
Nombre de pages : 474

   Résumé : Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d'élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s'écoule doucement... jusqu'au jour où le mystérieux passé d'Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers.

   Je l'annonce sans détours : Stéphane Servant est aujourd'hui, avec Philip Pullman, un de mes auteurs pour la jeunesse favoris. Auteur aussi bien de romans pour adolescents que d'albums pour les enfants, sa plume poétique a ravi mon cœur et mes yeux à ma première lecture du Cœur des louves, l'an dernier. Il revient pour la rentrée littéraire de 2017 avec son nouveau roman, Sirius, qui est aussi beau à l'extérieur qu'il l'est à l'intérieur. 
   Sirius raconte l'histoire d'un monde dévasté, dans un futur post apocalyptique, alors qu'une maladie rendant tout être vivant infertile ronge la Terre. C'est dans ce monde qu'évolue notre personnage principal, Avril, et son petit frère, Kid. Nous les découvrons alors qu'ils survivent dans la forêt depuis des années, dans une cabane en haut d'un arbre, entre des expéditions pour récupérer de la nourriture, et l'éducation de l'enfant. Kid est en effet un petit garçon de six ou sept ans qui ne connaît pas le monde tel qu'il était avant, et éprouve notamment un intérêt croissant pour les animaux, qui, suppose-t-on, sont tous morts. Perchés dans cet arbre, Avril, afin de canaliser la vive énergie de son petit frère, raconte à Kid qu'il leur faut attendre Sirius, et qu'alors ils pourront rejoindre leurs parents en haut de la Montagne. Mais un évènement surgissant du passé d'Avril revient les hanter, les forçant à quitter leur abri plus tôt que prévu, et à partir dans un road trip haletant, plongeant dans une aventure incroyable.

   Avec ce roman, Stéphane Servant nous transporte dans un monde qui se meurt, qu'il arrive à faire vivre grâce à une plume sublime et d'une poésie rare. Par des associations d'idées et de sons, l'auteur nourrit aussi bien nos sens que notre imaginaire. Il est très agréable notamment de lire ses romans à voix haute, et Sirius n'est pas une exception.
   Avec ce roman, Stéphane Servant nourrit une réflexion sur l'avenir de l'humanité, et l'urgence dans notre monde qui souffre de revenir en arrière, avant qu'il ne soit trop tard. Il va même plus loin que cela : l'Homme n'est pas le sujet de ce roman, c'est la vie en général. Les animaux ont la part belle dans ce roman, avec Kid qui notamment, d'une certaine façon, fait la transition entre les hommes et les animaux, et petit à petit, il devient un enfant sauvage. L'auteur arrive à montrer cette transition tout en douceur tout au long du roman. Petit à petit, il perd ses acquis humains, mais acquiert une sagesse animale, une sagesse aussi vieille que le monde, que nous découvrons lors de ses "lectures" du "Livre Vivant".
   Sous couvert d'un roman de science-fiction, Sirius aborde des sujets qui sont d'actualité dans notre monde actuel : l'écologie, pour commencer, est l'un des thèmes principaux du roman, puisque les personnages évoluent dans un monde qui se meurt parce que l'homme n'a pas respecté la nature ; l'immigration est un autre thème abordé, notamment à un moment du roman où Avril et Kid se retrouvent dans un bidonville de sans-abris qui attendent désespérément de passer un mur pour atteindre la Ville, mur qui rappelle fortement celui qui sépare le Mexique et les États-Unis, que les mexicains sont prêts à tout pour passer ; et enfin, la maladie, qui règne partout dans le monde.

   Sirius est un roman extrêmement touchant, d'une tristesse infinie, mais toujours entre ses pages transparaît l'espoir. Je n'imagine pas le monde se finir autrement que la façon dont il le décrit dans cette histoire, même si toujours la vie reprend le dessus. Stéphane Servant montre encore que l'Homme est capable du pire (fanatisme, résignation, violence) comme du meilleur (bonté, entraide, tolérance) au fur et à mesure qu'Avril et Kid rencontrent des protagonistes sur leur route. Jusqu'à atteindre la Montagne, où, enfin, le fin mot de l'histoire vous sera révélé...

  Pour finir, je dirais qu'encore une fois, Stéphane Servant ne me déçoit pas avec Sirius. L'imaginaire de l'auteur a le don de me transporter dans des contrées de mon esprit que je n'aurais jamais soupçonnées, et de nourrir mon esprit de réflexions à la fin de chacun de ses romans. C'est un roman que j'ai conseillé et vendu à tout adolescent qui est passé à la librairie où j'étais en stage, car il aborde des thèmes essentiels dans notre société actuelle, et il est important de sensibiliser les plus jeunes à ces sujets, ainsi que de rappeler aux plus âgés que notre devoir est de donner à nos enfants une Terre en meilleur état que la génération précédente nous l'a laissée.

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vendredi 2 mars 2018

Les Soeurs Carmines, tome 2 : Belle de gris

Auteur : Ariel Holzl
Edition : Mnémos
Collection : Naos
Parution originale : 16 novembre 2017
Genre : Jeunesse, Fantasy, Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 270
   Résumé : Trois semaines séparent Tristabelle Carmine du Grand Bal de la Reine. Trois semaines pour trouver la robe de ses rêves, un masque, une nouvelle paire d’escarpins… et aussi un moyen d’entrer au Palais. Car Tristabelle n’a pas été invitée. Mais ça, c’est un détail. Tout comme les voix dans sa tête ou cette minuscule série de meurtres qui semble lui coller aux talons.

En tout cas, elle ne compte pas rater la fête. Quitte à écumer les bas-fonds surnaturels de Grisaille, frayer avec des criminels, travailler dans une morgue ou rejoindre un culte. S’il le faut, elle ira même jusqu’à tuer demander de l’aide à sa petite sœur. Car Tristabelle Carmine est une jeune femme débrouillarde, saine et équilibrée. Ne laissez pas ses rivales ou ses admirateurs éconduits vous convaincre du contraire. Ils sont juste jaloux. Surtout les morts.
   J'ai poursuivi ma lecture des Sœurs Carmines avec le deuxième tome aussitôt que j'ai posé le tome 1, une chose qui ne m'arrive que très rarement. D'habitude, j'aime laisser reposer une série avec un autre livre, mais là, le besoin de lire la suite des aventures de ces sœurs complètement barrées était plus fort que tout, et m'a submergée avec une voracité sans précédent.
   Comme je l'ai mentionné précédemment, chaque tome de cette série est consacré à une des sœurs. Si le premier suivait Merryvère sur les toits de Grisaille, nous retrouvons Tristabelle, l'aînée, dans le deuxième. Et Tristabelle s'avère être un personnage encore plus haut en couleurs que sa cadette. La jeune fille apprend que la Reine recherche une dame de compagnie parmi les jeunes filles de la haute société de Grisaille, et bien que Tristabelle ne remplisse pas tout le contrat, ce n'est pas ce qui va arrêter la jeune fille. Alors Tristabelle part en quête de la tenue parfaite afin d'écraser toutes ses rivales.

   Si le sujet vous semble plus léger que dans le premier tome, rassurez-vous (ou non), car ce n'est absolument pas le cas. Outre le fait que, dans ce tome, une série de meurtres semble coller aux basques de Tristabelle et va nous préoccuper une très grande partie du roman, il s'avère également que la jeune fille a une manière très... particulière, de faire les boutiques. Machiavélique au sens littéral du terme, Tristabelle est prête à tout pour supplanter ses concurrentes, car pour elle, la fin justifie les moyens. Quitte à provoquer des émeutes pour une paire de chaussures, ou encore espionner ses concurrentes avec des moyens assez originaux. Sans compter qu'elle passe son temps à embêter sa sœur Merryvère, par amour sororal, bien entendu. Tristabelle est un personnage ambivalent, car on pourrait penser qu'elle est absolument détestable par son comportement, mais l'auteur nous en laisse deviner suffisamment sur la jeune fille pour éprouver de l'empathie et avoir envie de croire en elle et de la suivre.
   Ariel Holzl change complètement de style d'écriture avec ce deuxième tome qu'il signe, et on comprend par là-même qu'il en sera sans doute de même avec le tome 3, peut-être écrit sous la forme des carnets de Dolorine ? En tous cas, ce tome 2 adopte la forme du point de vue interne, c'est-à-dire que le lecteur est littéralement plongé dans les pensées de Tristabelle, qui entame une sorte de dialogue avec celui-ci. Le roman brise sans cesse le quatrième mur, Tristabelle s'adresse sans discontinuer à son lecteur, en l'amadouant et le méprisant à la fois, l'envoie sur les roses un instant, puis le cajole à la ligne suivante, et cette forme d'écriture participe à l'implication du lecteur dans sa lecture. Cela renforce le comique de ce roman, qui n'en manque pas, car le lecteur rit de l'insolence dont fait preuve ce personnage proprement scandaleux.

   Je ne peux pas parler plus longtemps de ce tome sans me répéter par rapport à ma chronique sur le tome 1, ou sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Quoiqu'il en soit, lire Les Soeurs Carmines, c'est rencontrer trois personnages féminins atypiques, complètement atteintes et délicieusement imparfaites. Lire Les Soeurs Carmines, c'est découvrir un univers jeunesse qui sort des sentiers battus et, bien que certains passages soient convenus, ça reste un roman pour adolescents, il ne cesse néanmoins pas de surprendre son lecteur, par son style comme par son histoire.

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mardi 13 février 2018

Les Soeurs Carmines, tome 1 : Le complot des corbeaux

Auteur : Ariel Holzl
Edition : Mnémos
Collection : Naos
Parution originale : 16 mars 2017
Genre : Jeunesse, Fantasy, Steampunk
Origine : France
Nombre de pages : 263
   Résumé : Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les mœurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.
Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…
   J'ai commencé à lire Les Sœurs Carmines, je l'avoue, parce que mes amies ont presque toutes succombées à la saga d'Ariel Holzl, et que j'étais très curieuse de voir le travail de la maison d'édition Mnémos, en particulier de sa collection jeunesse Naos.
   Le complot des corbeaux est le premier tome d'une saga jeunesse à l'univers décalé et singulier, ainsi que le premier roman de l'auteur. Ariel Holzl nous livre avec Les Sœurs Carmines une histoire à laquelle je suis peu habituée en littérature jeunesse, et j'ai donc eu un coup de cœur pour ce premier tome.

   Chaque tome des Sœurs Carmines présente le point de vue d'une des sœurs. L'histoire se situe au XIXè siècle dans une ville imaginaire, Grisaille. Dans cette ville qui porte quand même très bien son nom, il n'est pas rare de croiser un vampire au détour d'une rue, ou une gorgone au milieu de son jardin de statues, et même des zombies employés dans la publicité. Une ville chaleureuse, en sorte. Nous y rencontrons Merryvère, la sœur cadette, qui, afin de subvenir aux besoins de ses sœurs, exerce la dangereuse, et parfaitement illégale, profession de monte-en-l'air. Merry se retrouve, lors d'un contrat qui a mal tourné, au cœur des querelles dans lesquelles s'affrontent les grandes familles de la ville de Grisaille. Parce que oui, à Grisaille, on se trucide allègrement, on se tire dans les pattes, et parfois même, on se fait kidnapper par des vampires. Et la pauvre Merryvère va se mettre dans un pétrin sans nom à cause... d'une petite cuillère. Règle n°1 : ne sous-estimez jamais la dangerosité de cet instrument maléfique.

   Ariel Holzl nous livre avec sa saga un univers à l'atmosphère victorienne, à tendance steampunk, tout en la mêlant à un style naturaliste, et par ici, on adore le mélange. C'est également une saga pleine d'humour, en constant décalage : Merry et ses sœurs vivent au milieu des goules et des vampires comme si c'était la chose la plus normale du monde (il est possible de prendre des bains de sang dans le salon d'esthétique des vampires, notamment), et c'est ce qui crée l'humour de la saga, et le fait qu'on ne peut pas s'empêcher de rire aux éclats à la lecture de ce livre.
   Cependant, c'est à double tranchant : nous pouvons également voir dans ce livre une sorte de satire qui dénonce d'un côté les inégalités sociales, et de l'autre, se moque des plus puissants de ce monde. Dans Les Sœurs Carmines, l'auteur dépeint un monde dans lequel Merryvère est obligée de voler pour subvenir aux besoins de ses sœurs, lesquelles se retrouvent petit à petit de plus en plus dépouillées de leurs biens car elles n'arrivent plus à payer les frais de la maison qu'elles habitent. Cependant, pas question de verser dans le pathos, grâce à des héroïnes qui brisent les normes, et un univers particulièrement grisant.

   Merryvère est un personnage génial pour introduire l'univers de ces romans : on peut la considérer comme la plus "normale" de ses sœurs et à travers elle, le lecteur peut s'identifier à elle et s'imprégner de l'histoire. C'est un personnage malchanceux et maladroit, et elle casse les codes de l'héroïne ingénue dont les défauts cristallisent le côté attirant du personnage : Merryvère est un personnage complètement à côté de ses pompes, un peu bizarre, carrément maladroite, et ces défauts ne tendent pas à rendre le personnage plus sympathique, car il n'a pas besoin de ça pour l'être, mais ont tendance à participer au comique du roman.
  L'aînée des sœurs s'appelle Tristabelle, et bien que le tome qui lui est consacré est le suivant, nous pouvons l'apercevoir dès le tome 1, et je peux déjà dire qu'il s'agit de mon personnage préféré. Je n'avais jamais rencontré un personnage aussi scandaleux et à la fois indécent dans un livre, et rien que le fait décrire ces mots me donne envie de rire aux éclats. Tristabelle est une dangereuse sociopathe narcissique, qui aime autant les belles toilettes que les bains de sang de vierges. Chacune de ses interventions dans ce premier tome a un sass incroyable, et mériterait d'être encadrée. C'est bien simple, chaque fois qu'elle apparaissait dans le tome 1, j'avais juste envie de sortir les pop corn et d'admirer le spectacle, et le chaos qu'elle met sur son passage. Du grand art.
   La dernière des sœurs est la benjamine, et s'appelle Dolorine. Dolorine a beau être la plus jeune, elle est encore plus atteinte que ses aînées, puisqu'elle a des conversations très sérieuses avec son ours en peluche, et qu'elle peut voir des fantômes. C'est un don qui pourrait servir à ses sœurs, cependant par de malheureux concours du sort, Dolorine oublie toujours de les prévenir de ce qu'elle sait, et souvent, il est trop tard quand elles s'en rendent compte. On ne fait que l'apercevoir dans le tome 1 au travers des pages de son journal intime, puisque le tome qui lui est consacré est le troisième de la saga. Ces passages du journal de Dolorine font partie de mes moments préférés du tome 1, car ils sont fondés sur le décalage entre l'innocence de la petite fille et les situations parfois terrifiantes dans lesquelles elle se met et qu'elle affronte avec indifférence, sinon un certain amusement, et la convergence de ces deux points fait de ces scènes des moments de pur délice.

   Pour finir, j'ai envie de vous pousser à tenter l'aventure des Soeurs Carmines, car c'est une saga jeunesse d'une originalité sans bornes, et d'une impertinence qui dépasse les bornes. Cette saga apporte un vent de fraîcheur dans la littérature jeunesse d'aujourd'hui, et c'est également l'occasion de découvrir les éditions Mnémos, qui est une petite maison d'édition très sympathique, que je ne connaissais pas, mais que je vais suivre de près à partir de maintenant. Je vais maintenant me plonger dans la tête de la dangereuse Tristabelle en attaquant le deuxième tome, et je sens déjà qu'il va être mon préféré de toute la saga.

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jeudi 28 décembre 2017

Bonjour tristesse

Auteure : Françoise Sagan
Edition : Pocket (Julliard)
Parution originale : 15 mars 1954
Genre : Tranche de vie, Drame
Origine : France
Nombre de pages : 153
   Résumé : Cécile a 17 ans et vient de rater son bac. Avec son père, quarantenaire qui enchaîne les relations, et Elsa, la nouvelle conquête de son père, elle coule des jours heureux en vacances au bord de la mer. Mais l'arrivée d'Anne dans leur vie va venir chambouler ces vacances que Cécile voulait pleines de joie et d'insouciance.



   
   J'ai fait la rencontre de Bonjour tristesse totalement par hasard en fouillant sur une table de brocante il y a cinq ans. Ce très court roman, que je savais être un grand chef d’œuvre, j'ai mis du temps à le lire car j'avais peur d'en être déçue. Ce ne fut absolument pas le cas.

   Bonjour tristesse raconte l'histoire d'un été. Un été au bord de la Méditerranée qui fut le témoin d'une histoire ordinaire, et pourtant d'une importance capitale dans la vie du personnage principal, car il va chambouler sa vie à jamais. Cécile a dix-sept ans, et elle vient de rater son bac. Son père, veuf depuis un certain nombre d'années et qui enchaîne les relations, décide de louer une villa à la mer avec sa fille et Elsa, sa nouvelle conquête. Le père et la fille entretiennent une relation fusionnelle, fondée sur l'aventure et l'insouciance, et le désir d'être heureux. Un jour, le père annonce aux filles qu'il a invité Anne, une ancienne amie de la mère de Cécile, à passer quelques jours à la villa. Aussitôt, l'atmosphère change : Anne est une femme froide, indifférente, pour qui Cécile entretient des sentiments très paradoxaux : elle l'admire, mais elle la craint également. Cécile, avec l'arrivée d'Anne, sent la fin de l'été approcher, et avec lui, sa vie heureuse avec son père.

   Ce premier roman de Françoise Sagan est un roman à propos de la complexité de l'adolescence, de l'inconscience cruelle de cet âge toujours posé sur le fil du rasoir, de l'insouciance lourde de conséquences d'un âge parfois terrible à porter. Cécile est à cet âge où elle a envie de prendre des décisions d'adulte, mais où la légèreté de la jeunesse la gouverne toujours. Elle est à un âge où elle veut évoluer, mais le changement lui fait peur.
   L'arrivée d'Anne dans la vie de Cécile et son père va tout changer à cet été. Elle est leur exact opposé : elle est la glace, alors qu'ils sont le feu. Cécile a peur que son père se lie à Anne, peur que leur vie à eux deux change. Elle ne peut pas inclure Anne dans leur futur.

   A la lecture de ce roman, on sent un sentiment de malaise qui nous tenaille les entrailles, comme si une sorte de nuage noir planait au-dessus de cette villa. L'intrigue se fonde sur des non dits et sur la passivité des personnages, surtout la passivité du père face à la bataille qui fait rage entre Anne et Cécile. On finit même par oublier que tout est de la faute du père, tant il se fond dans l'arrière plan, et j'avoue avoir eu honte à ma première lecture d'avoir seulement jugé les filles sans même morigéner le père dans mes propos.
Ce qui est très perturbant avec Bonjour tristesse, c'est que notre vision des personnages évolue au fur et à mesure que l'on avance dans le roman. C'est petit à petit que l'on commence à comprendre comment les rouages s'imbriquent, et on finit par "changer de camp" : alors qu'Anne nous paraît un personnage abject au départ, alors qu'on la voit avec nos yeux d'adolescents, puisqu'à travers le prisme de la perception de Cécile, nous finissons par la prendre en pitié et nous voyons Cécile et le père avec des yeux nouveaux.

   Je ne peux pas parler de ce roman sans parler de l'écriture de Françoise Sagan. L'auteure était à peine majeure quand elle a écrit Bonjour tristesse, et on ne peut pas ne pas remarquer à quel point son écriture est magnifique. Celle-ci arrive à retranscrire les langueurs et le rythme lent d'un été passé à lézarder au soleil, mais également la vivacité d'un âge où le poids des responsabilités ne repose pas encore sur nos épaules, et de celui où l'on refuse les responsabilités ; la fille et le père, ensemble. C'est une écriture juste à propos de la complexité de deux âges qui refusent de voir les noirceurs de la vie.

   Pour conclure, je dirais que Bonjour tristesse est un roman qui m'a transportée. Je l'ai lu avec mes yeux d'adolescente, mais également d'adulte, et je suis toujours subjuguée par la splendeur et la justesse de ce roman. Cécile est un personnage complexe, avec une vivacité d'esprit mais aussi un manque de lucidité manifeste et un manque de réflexion quant aux conséquences de ses actes. En un peu plus d'une centaine de pages, Françoise Sagan écrit un drame, un morceau de vie qui va chambouler un père et sa fille, et va leur porter un sentiment nouveau qu'ils accueillent en eux : la tristesse. 

lundi 25 décembre 2017

The Book of Dust, tome 1 : La Belle Sauvage

Auteur : Philip Pullman
Edition : David Fickling Books
Parution originale : 19 octobre 2017
Genre : Jeunesse, Aventure
Origine : Royaume-Uni
Nombre de pages : 560
   Résumé : Malcolm est un jeune garçon de 11 ans qui travaille à l'auberge de ses parents, La Truite. Il a une passion pour son canoë, qu'il a nommé La Belle Sauvage, et il l'utilise pour faire des balades et aller aider les religieuses du prieuré en face de l'auberge, qui abrite en son sein un bébé de six mois répondant au nom de Lyra. Malcolm va apprendre qu'une prophétie entoure ce bébé, et qu'elle est en danger. Avec l'aide d'Alice, une jeune fille qui travaille à La Truite, Malcolm va partir dans un périple haletant, à bord de La Belle Sauvage, afin de retrouver le père de Lyra, et la mettre à l'abri...
   Une émotion singulière m'envahit à l'heure où j'écris ces mots. La Belle Sauvage est une lecture particulière pour moi, parce que je l'attends depuis littéralement treize ans. En effet, j'étais encore une enfant quand j'ai lu pour la première fois la merveilleuse trilogie A la Croisée des Mondes de Philip Pullman, trilogie qui est encore à ce jour mon plus gros coup de cœur jeunesse. La fin de cette histoire nous promettait une suite des plus grandioses, que j'attendais telle l'Arlésienne pendant tout ce temps. Et aujourd'hui, la nouvelle trilogie de Philip Pullman, se déroulant dans le même univers et avec les mêmes personnages longtemps chéris, nous délivre enfin son premier tome, que je me suis empressée de lire dès sa sortie en version originale, parce que je suis une personne très calme et posée dans ma vie (c'est faux).

   La Belle Sauvage nous raconte une histoire qui se déroule dix ans avant les évènements du premier tome d'A la Croisée des Mondes. On y rencontre le personnage de Malcolm Polstead, un jeune garçon de onze ans qui travaille après les cours à l'auberge de ses parents, qui s'appelle La Truite. Malcolm est un garçon curieux qui aime discuter avec les nombreux clients qui viennent séjourner à La Truite, et un jour, il apprend que le prieuré où il va régulièrement aider les nonnes abrite un bébé de six mois, répondant au nom de Lyra. Malcolm se prend aussitôt d'affection pour le bébé, et, quand il apprend qu'on la cache parce qu'elle est en danger, il fait tout ce qui lui est possible de faire pour la protéger. A l'aide de son canoë, qu'il a nommé La Belle Sauvage, et accompagné d'Alice, une jeune fille qui travaille à La Truite, il va partir demander le droit d'asile à l'université Jordan College pour la petite Lyra.
   Pour les lecteurs d'A la Croisée des Mondes, vous l'aurez compris : La Belle Sauvage lève le voile du mystère sur l'arrivée de Lyra à Jordan College, le lieu où nous la découvrons pour la première fois dix ans plus tard alors qu'elle s'infiltre dans le Salon de Jordan, et où elle entendra parler pour la première fois de la Poussière.

   Je ne vais pas vous mentir, mon avis sur ce roman transpire la subjectivité. J'aime tellement cet univers, je trouve que l'histoire et les personnages de Philip Pullman sont si bien construits, que je ne pouvais que me plonger dans La Belle Sauvage avec ravissement, et j'ai adoré ce premier tome. Cependant, après une relecture en version française, mon avis s'est fait plus nuancé, surtout sur la fin du roman : il y avait un côté "Odyssée" qui n'était pas déplaisant dans la deuxième partie du roman, cependant, à certains moments où le récit se faisait très onirique, j'ai senti que l'histoire était peut-être un peu bancale et se dispersait quelque peu. Néanmoins, ce fut un délice de retrouver certains des personnages que j'ai le plus aimé dans la première trilogie : Farder Coram, pour commencer, qu'on retrouve sous un autre nom dans ce tome ; Lord Asriel, que nous découvrons sous un jour plus doux. Lyra est déjà un bébé espiègle et on sent déjà tout son potentiel et toute son intelligence.
   En ce qui concerne le trio de tête des nouveaux personnages, c'est-à-dire Malcolm, Alice et Hannah, on retrouve une similitude, voulue, je le pense, car construite en miroir, avec le trio Lyra, Will et Mary Malone, qui se formera dix ans plus tard. J'ai en tous cas beaucoup aimé la relation entre Malcolm et Hannah, ainsi que celle, plus laborieuse, entre Malcolm et Alice, comme celle de Lyra et Will le fut à ses débuts également. On sent dans l'écriture de Pullman comment une relation de confiance se bâtit entre Malcolm et Alice au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire. Pullman est extrêmement habile pour écrire les relations entre les enfants, et justement, dans ce tome-ci, cette écriture sonne d'autant plus juste.
   Pullman est également très ingénieux pour aborder le sujet de la religion. Dans A la Croisée des Mondes, Pullman écrit une réponse au poème The Lost Paradise d'un de ses poètes préférés, John Milton. Il y manie la critique de la religion avec subtilité (mais pas assez cependant pour les Etats-Unis qui ont censuré le roman), alors que je trouve que dans La Belle Sauvage, il l'attaque en frontal. La critique y est bien moins ténue, surtout que ce n'est pas le sujet traité à proprement parler dans ce tome. La Belle Sauvage raconte une histoire dans l'Histoire : pendant que les Erudits se crêpent le chignon à propos de la Poussière et de la religion, Malcolm et Alice, unis par leur amour pour Lyra, naviguent au milieu de ces instances qui se déchirent pour emmener le bébé à bon port.

   On y apprend également certaines choses incroyables à propos des daemons, notamment à travers le personnage si paradoxal de Gérard Bonneville, un personnage avenant au premier abord, mais dont le daemon, une hyène mutilée, représente la vilenie de l'homme. Des questions autour des daemons se posent alors : comment un homme peut-il mutiler son daemon ? A travers le daemon de Lyra, Pantalaimon, se posent d'autres questions à ce propos : comment, alors que Lyra n'a jamais vu tel animal de sa vie, Pantalaimon peut-il se transformer en ledit animal ? Les daemons peuvent-ils tous changer de forme pendant le sommeil des enfants, ou est-ce le signe d'une grande intelligence et imagination ? Est-ce vraiment interdit de toucher le daemon des autres, ou est-ce une simple construction sociale et tacite ?

   Je pourrais disserter pendant des heures sur ce roman, tant il y a de choses à dire. J'ai eu peur au moment de ma lecture d'avoir tellement cristallisé ce moment où je tiendrais enfin La Belle Sauvage entre mes mains, que je serais déçue du livre, mais ça n'a pas été le cas. J'ai été enchantée du début à la fin, et j'attends le tome 2 avec une impatience folle. Je ne peux que vous conseiller de lire La Belle Sauvage, ainsi que A la Croisée des Mondes, c'est un univers incroyablement riche qui possède un nombre incalculable de niveaux de lectures. On peut lire cette histoire enfant, comme adulte. Je redécouvre l'univers à chaque fois que je le relis, et je l'ai relu un bon paquet de fois. Je suis extrêmement émue de vous parler enfin de La Belle Sauvage, et de me replonger dans ce si bel univers une nouvelle fois, pour encore deux nouveaux tomes.

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lundi 4 décembre 2017

Les petites reines

Autrice : Clémentine Beauvais
Edition : Sarbacane
Parution originale : 2015
Genre : Jeunesse, Aventure
Origine : France
Nombre de pages : 270
   Résumé : Mireille Laplanche est abasourdie : pour la première fois depuis trois ans que le concours a été mis en place, elle est élue Boudin de bronze. Et pas Boudin d'or ! C'est une certaine Astrid Blomvall qui lui a volé le titre, ainsi qu'une cinquième, Hakima Idriss, la deuxième place. Les trois filles ainsi élues se rencontrent, et se rendent compte qu'elles ont un point commun : le 14 juillet. L’Élysée. La Fête Nationale. Les trois jeunes filles décident de rallier Paris depuis Bourg-en-Bresse à vélos, tout en vendant... des boudins !

   C'est avec une émotion particulière que je vous présente aujourd'hui Les petites reines de Clémentine Beauvais. Je l'ai lu après les (nombreuses) recommandations d'une de mes amies, et je dois bien reconnaître que j'ai très bien fait.

   On rencontre avec ce roman un personnage très atypique : Mireille Laplanche, une jeune adolescente au physique ingrat mais au cœur d'une beauté rare. Mireille est très surprise : elle n'a pas remporté le concours des Boudins, elle, la tenante du titre depuis deux ans ! Alors aussitôt, elle veut découvrir l'identité de ses usurpatrices : Astrid Blomvall et Hakima Idriss. Celles-ci sont inconsolables, alors que Mireille décide de les prendre sous son aile. C'est alors qu'elles se rendent compte qu'elles ont un point commun : L'Elysée, le 14 juillet, lors de la Fête Nationale. Elles décident alors de commencer un périple à vélos jusqu'à Paris, bien évidemment médiatisé, et financé par une vente de boudins sur les routes de France.

   Ce roman a agit sur moi comme une thérapie. Comme Mireille, à un stade beaucoup moins avancé et grave quand même, j'ai subi le harcèlement à l'école. Parce que, voyez-vous, je cumulais beaucoup de défauts : je portais des bagues, des lunettes, et en plus, j'étais intello. Alors, c'est vrai que c'était de bonnes raisons d'être persécutée par les autres (spoiler : non.). Mais moi, j'avais pas la même force d'esprit que Mireille à l'époque, et voir un personnage aussi solaire à qui il est arrivé les mêmes soucis que moi au collège (de type, liste des filles de la classe, en partant de la plus belle jusqu'à la moins belle) (bizarrement, la même liste n'existait pas pour les garçons) m'a fait un bien fou. J'avais envie d'aller voir la Gaëlle de 14/15 ans, lui donner toutes les punchlines de Mireille entre les mains, et de lui dire "vas-y, sers-toi de ces armes". Mireille n'est peut-être pas belle physiquement, mais c'est un personnage au cœur pur et plus beau que le plus brillant des joyaux.

   On ne rencontre pas uniquement le personnage de Mireille dans ce livre. Astrid et Hakima, ses deux amies, se révèlent et se découvrent au fur et à mesure du roman. Astrid la jeune fille déboussolée des premières pages laisse place à une jeune fille sûre d'elle, aux instincts maternels très développés. On découvre une relation presque mère-fille entre elle et Hakima, qui elle, découvre le petit bout de femme qu'elle est en train de devenir. Hakima apprend à avoir confiance en elle, à devenir sûre d'elle. Le voyage que les filles ont entrepris les a non seulement quelque peu libérées des diktats de la beauté (même si elles se découvrent encore des faiblesses et des fêlures, ce qui est normal), mais elles ont également découvert qui elles étaient vraiment.

   Les petites reines aborde beaucoup de sujets importants et d'actualité. Le harcèlement, surtout à l'école, est le sujet fondamental du roman, mais celui-ci dérive vers d'autres sujets qui touchent notamment au féminisme, sujets auxquels je suis particulièrement sensible : le changement des corps à la puberté, les diktats et injonctions à la beauté, à travers les personnages des trois filles, mais aussi à travers Kader Idriss, a.k.a le Soleil. Clémentine Beauvais cite Olympe de Gouges ainsi que Madmoizelle dans son roman, notamment, des influenceur.se.s du féminisme, des fenêtres sur ce combat pour l'égalité homme-femme. Et Clémentine Beauvais aborde ces sujets sur un fond de légèreté et d'humour, et une fraîcheur remarquable.

   Les petites reines est un roman à mettre entre les mains de chaque adolescent que vous rencontrez, mais pas seulement. C'est un roman qui peut faire du bien à l'adulte que vous êtes devenus, car il permet de faire une sorte de thérapie rétrospective, et de faire la paix avec son Moi adolescent. Je l'ai notamment prêté à ma mère dès la fin de ma lecture, car je me suis dit que ce roman lui ferait également beaucoup de bien. Ce roman m'a fait le même effet que My Mad Fat Diary, une série que je recommande vivement de regarder à tout le monde, et j'ai même lâché une larme à la fin du livre. Les petites reines est un livre d'une magie et d'une majesté incroyable, et je suis ravie et émue d'avoir croisé sa route.
   Mais attention : le long de la piste cyclable !


https://buffyslibrary.blogspot.fr/search/label/Coup%20de%20c%C5%93ur

dimanche 19 novembre 2017

Cold Winter Challenge 2017 | CHALLENGE

   Salut toi !

   "Oh la la, quelle originalité, Gaëlle, on ne s'attendait pas du tout à cet article de ta part cette année encore, c'est pas comme si tu participais pas chaque année au challenge Cold Winter et nous soûlais pas avec sur les réseaux sociaux..." Je sais ce que vous pensez, mais, eh, vous m'aimez comme ça non ? Ce challenge me tient particulièrement à cœur chaque année, parce que déjà, il me permet de sortir des livres qui attendent depuis longtemps dans ma PAL, et en plus, c'est mon moment cocooning de l'année.


   Comme vous le savez sans doute, vu que j'en parle chaque année, ce challenge a été créé par Antonine, et modéré par Margaud cette année sur les réseaux sociaux. Je vous laisse la vidéo de Margaud ci-contre, qui vous en parlera mieux que moi :
 
   Bon, vu que moi, j'avais déjà prévu ma PAL pour cet évènement depuis beeeeeelle lurette (vous pouvez d'ailleurs retrouver tous les livres qui me tentent pour le CWC dans une liste publique sur mon compte Livraddict juste ici), je me suis rendue compte avec amusement que je remplissais trois des quatre menus concoctés par Margaud cette année : les menus "La magie de Noël" avec Les Carillons de Charles Dickens et Noël à Virgin River de Robyn Carr, "Flocons Magiques" avec le tome 2 de L'épée des ombres de J.V. Jones, La Forteresse de glace grise, et enfin "Marcher dans la neige" avec Winter de Rick Bass et Vouloir toucher les étoiles de Mike Horn. A ceux-ci, je souhaite rajouter deux livres supplémentaires cette année : Esprit d'hiver de Laura Kasischke et Le Petit Chaperon Rouge : Un Nouveau Monde de Leandro de Carvalho.


  • Les Carillons (contes de Noël) de Charles Dickens
  • Noël à Virgin River de Robyn Carr
  • Le Petit chaperon Rouge : Un Nouveau Monde de Leandro de Carvalho
  • Vouloir toucher les étoiles de Mike Horn
  • L'épée des ombres, tome 2 : La Forteresse de glace grise de J.V. Jones
  • Esprit d'hiver de Laura Kasischke
  • Winter de Rick Bass

Et voilà pour moi ! J'espère avoir rappelé ce challenge à votre bon souvenir, et vous retrouver en décembre autour de belles lectures, de plaids tous doux et de chocolats chauds bien réconfortants. En tous cas, moi je sais déjà que mon mois de décembre (outre les partiels et le stress à l'IUT) sera absolument parfait, livresquement parlant.




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