samedi 25 mai 2019

Le Dompteur d'Avalanches

Autrice : Margot Delorme
Edition : Les Moutons Électriques
Collection : La Bibliothèque Voltaïque 
Parution originale : Août 2018
Origine : France
Genre : Fantasy
Nombre de pages : 215 
ISBN : 9782361835057
   Résumé : Ditto, quatorze ans, tient lieu de guide à des excursionnistes venus des plaines. Un jour, lors de l’attaque d’un monstre des cimes, il se découvre un don pour déclencher avalanches, coulées et crues. Un don puissant.

Or les écouleurs sont craints et haïs par les montagnards. Bientôt, Ditto se retrouve dans la peau d’un paria et contraint à la fuite. En compagnie d’amis inattendus , il va demander son aide à la Lorlaïe, la nymphe du grand glacier.

Mais le marché que lui propose cette dernière lui paraît inacceptable…
   Premier roman de la maison d'édition Les Moutons Electriques que je lisais l'été dernier, je me suis laissée séduire par une couverture qui laissait présager une histoire inspirée du travail d'Hayao Miyazaki, et un résumé aux inspirations clairement empruntées à la culture japonaise.
   Nous rencontrons dans ce roman le personnage de Ditto, un jeune garçon guide dans les montagnes. Alors qu'un monstre des cimes apparaît un jour dans le ciel, détruisant tout sur son passage, Ditto découvre son don pour déclencher des avalanches. De ce fait, Ditto devient le garçon le plus craint de tout le village, et, forcé à fuir, se retrouve poussé en marge de la société. accompagné d'une marmotte et d'un caracal qui parlent, il va devoir effectuer un périple pour demander de l'aide aux dieux des glaciers.

   Si le décor de cette histoire est originale (je n'ai personnellement jamais lu de roman de fantasy se passant à la montagne), j'ai cependant trouvé l'intrigue trop lisse. Notamment en ce qui concerne le pouvoir de Ditto, absolument surpuissant, et qu'il n'a aucun mal à utiliser. Pourtant, il ne le découvre qu'au début du roman, et il ne semble donc pas vraisemblable que le personnage puisse maîtriser son don en si peu de temps. J'aurais aimé le voir échouer au début, pour peu à peu qu'il devienne surpuissant, que l'on sent qu'il acquiert en expérience. Or, l'autrice nous offre un personnage, ordinaire dans les premières pages, qui devient invincible d'un seul coup, ce qui offre quelques facilités d'écriture.
   Cependant, j'ai adoré les personnages, surtout celui d'Etincelle, le caracal que Ditto rencontre en cours de route. Il m'a fait penser à un mélange de Diego dans L'Âge de Glace et Aslan dans Le Monde de Narnia, deux personnages que j'apprécie déjà beaucoup dans leurs univers respectifs. On sent que l'autrice est une amoureuse de la fantasy, car l'intertextualité avec de nombreuses œuvres de fantasy est évidente. L'emprunt aux vieilles croyances japonaises est également omniprésent, notamment avec la présence d'esprits de la nature, que ce soit de la forêt ou de la montagne. C'est un univers apaisant que propose Margot Delorme, et c'est par l'utilisation de termes spécifiques de la montagne qu'elle inscrit son intrigue dans une réalité crue.

   En définitive, et malgré une intrigue assez convenue, je me suis vraiment laissée emportée par cet univers. J'avais des images de Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, et encore d'autres films d'animation des studios Ghibli dans la tête, et je remercie donc l'autrice pour ce voyage. C'est, dans tout ce qui entoure l'univers que dépeint Margot Delorme, un roman assez original, qui ravira sans doute les amateur de culture japonaise et de fantasy.

    

samedi 18 mai 2019

Crazy Rich à Singapour

Auteur : Kevin Kwan
Edition : Albin Michel
Collection : ///
Parution originale : Avril 2015
Origine : Singapour
Genre : Contemporain
Nombre de pages : 522
ISBN : 9780804171588
   Résumé : Lorsque Rachel Chu débarque à Singapour au bras du délicieux Nicholas Young pour assister au mariage du meilleur ami du jeune homme, elle pense juste passer d’agréables vacances en amoureux. Mais Nick a omis de mentionner quelques petits détails… Sa maison familiale est un véritable palais, il est plus accoutumé aux jets privés qu’aux voitures, et surtout, il est l’héritier le plus convoité de toute l’Asie. Quant au mariage, c’est tout bonnement LE mariage de l’année ! Le séjour de Rachel à Singapour tourne au parcours du combattant, où aucune avanie ne lui sera épargnée. Sans parler de Madame-Mère, bien décidée à écarter définitivement la jeune professeur d’un monde auquel elle n’appartient visiblement pas…
   J'ai découvert ce roman l'an dernier grâce à mon amie Véro, qui tenait autrefois le blog Les Revues de Wéro, mais a vogué vers d'autre têtes de gondoles cieux, grâce à la chaîne Youtube La Mécanique des livres avec d'autres amis, grâce à l'adaptation du livre en film au mois d'août dernier au Etats-Unis.
   Ce livre est le premier tome d'une saga chorale, c'est à dire qui suit le point de vue de plusieurs personnages. Néanmoins, les personnages de Rachel Chu et de Nicholas Young sont ceux qui déclenchent l'histoire. En effet, quand Rachel accepte la proposition de Nick de l'accompagner au mariage de son meilleur ami à Singapour, celle-ci n'imaginait pas à quel point elle s'est enferrée dans les ennuis jusqu'au cou. Car Nick fait partie d'une des familles les plus riches de l'île asiatique, voire du monde, et est de ce fait le parti le plus convoité de Singapour. Le séjour de Rachel ne sera pas de tous repos, car elle va devoir faire face au mépris de la famille de Nick qui considère qu'elle ne le mérite pas, à la jalousie des jeunes femmes célibataires, et elle va se retrouver confrontée à la frontière qui se trace entre les Asiatiques du continent, et les Asiatiques partis d'Asie.

   Vous trouvez que cette description correspond beaucoup à une certaine série américaine répondant au titre de Gossip Girl ? Crazy Rich à Singapour pousse le concept encore plus loin. Kevin Kwan, auteur d'origine singapourienne, connaît le milieu sur lequel il écrit, car il a navigué dans ces hautes sphères, nous pouvons donc considérer cette série comme étant une satire de la société de Singapour aujourd'hui. Les familles sur lesquelles ils écrit font pratiquement partie de la royauté, elles se construisent comme des dynasties, et les problèmes auxquels font face les membres sont d'ordre politique. Rachel Chu ne s'attendait pas à cela lorsqu'elle arrive à Singapour, en pensant passer un mois tranquille avec son copain pendant ses vacances de l'Université dans laquelle elle enseigne aux Etats-Unis.  C'est un roman qui montre l'extravagance poussée à l'extrême, et malheureusement, n'exagère pas lorsqu'il décrit ce que peut acheter l'argent lorsqu'on en a à outrance, et ce qu'il peut faire entre de bonnes mains, mais aussi entre de vicieuses.
   Crazy Rich à Singapour est un roman qu'il faut lire loin de toute source de nourriture, si vous souhaitez garder votre ligne. Parce que la nourriture y est omniprésente, l'auteur y décrivant toutes sortes de plats asiatiques avec moult détails. C'est une occasion qu'offre l'auteur de découvrir un peu de la culture culinaire de Singapour. Par cet aspect, mais également par le fait qu'il introduit également de nombreux mots de mandarin dans le texte, Kevin Kwan nous immerge totalement dans son histoire.
   Enfin, Kevin Kwan aborde également un autre sujet, et c'est le rejet des Asiatiques qui sont partis d'Asie, par ceux qui sont restés. Kevin Kwan nous montre que la société asiatique rejette ceux d'entre eux qui se sont exilés en Amérique par exemple, prétextant qu'ils se sont trop occidentalisés. Alors qu'ils subissent le racisme dans le pays qu'ils ont choisi, ils subissent également le mépris et le rejet dans le pays dans lequel ils trouvent leurs racines. C'est ce qui arrive à Rachel, née en Chine, mais qui a dû s'exiler avec sa mère en Amérique alors que la jeune femme n'était qu'un bébé, et à travers le prisme de sa perception, l'auteur aborde ce sujet avec justesse, étant lui-même sino-américain.

   Comme je l'ai noté plus tôt, Crazy Rich à Singapour est une trilogie chorale, et donc nous y retrouvons de nombreux personnages. Mon favori reste celui d'Alice. J'adorerais, comme elle, avec la fortune qu'elle possède, pouvoir faire les boutiques dans le monde entier, sans me soucier de l'état de mon compte en banque. Elle est géniale, a une super répartie, mais la pauvre a beaucoup de problèmes de couple, et ce, dès le début du roman, on a donc beaucoup d'empathie pour elle.

   Pour finir, je dirais que Crazy Rich à Singapour est une étonnante découverte pour moi, surtout de la part des éditions Albin Michel, chez lesquelles j'ai du mal à trouver mon bonheur habituellement. J'ai commencé ma chronique ainsi, et je termine également avec cette information : le roman a été adapté en film à Hollywood l'été dernier, avec un casting intégralement composé d'acteurs asiatique, ce qui constitue une très agréable nouvelle de la part de la plus grosse entreprise du cinéma occidental dans le monde. Je déplore cependant les efforts très peu fournis de la part de la France pour diffuser le film comme il se doit dans ses salles de cinéma, ayant repoussé la diffusion de plusieurs semaines par rapport aux Etats-Unis, ce qui a sans doute encouragé le visionnage du film en streaming, l'invisibilisant quelques peu aux yeux du public français. Je vous invite à aller le voir, il retranscrit assez bien le roman, et constitue une bonne adaptation du livre.

mercredi 13 mars 2019

Parce que je déteste la Corée

Auteur : Chang Kangmyoung
Edition : Picquier
Collection : Littérature
Parution originale : 7 septembre 2017
Genre : Contemporain
Origine : Corée du Sud
Nombre de pages : 164

Résumé : "Pourquoi j’ai décidé de partir?? En deux mots, c’est parce que je déteste la Corée." Kyena, vingt-sept ans, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi décide-t-elle de tout quitter?? Son pays, sa famille, son boulot, tout ça pour émigrer en Australie alors qu’elle ne parle même pas l’anglais?! Mais Kyena a tout prévu, enfin presque?: elle quitte son petit ami à l’aéroport, laisse derrière elle la compétition, la hiérarchie et le moule trop étroit de la société coréenne?; pour elle, c’est maintenant que tout commence?! La coloc, les rencontres, les petits boulots ou encore les puces de lit, tout ne se passera pas exactement comme elle l’avait prévu. Et pas facile d’échapper au racisme, aux préjugés et à l’esprit de classe. Mais quel bonheur de se réinventer loin des siens?! Kyena nous ressemble, avec sa bonne humeur, sa jeunesse et son désir de vivre. Dans cette comédie enlevée, elle est aussi la voix d’une nouvelle génération de femmes pour qui le monde est à conquérir !
   Une des fonctions que j'attribue à la littérature, est le fait que celle-ci permet de découvrir et de tenter de comprendre une culture et l'histoire d'un pays à moindre effort, d'aiguiser son sens critique et son ouverture d'esprit en se confrontant à l'écriture d'un auteur qui partage une vision différente de chaque chose. C'est pour cela que je suis attirée par la littérature étrangère plus que par la littérature française, et en ce moment, le pays que je veux absolument découvrir en profondeur, c'est la Corée du Sud, et par extension, les Corées. C'est pourquoi vous allez découvrir de nombreux titres coréens ces prochains temps, ici, sur le blog.
   J'ai été attirée par Parce que je déteste la Corée d'abord par son titre intrigant. Le soft power coréen étant en train de s'étendre vers l'Occident depuis quelques années, notamment à travers la kpop et les dramas, celui-ci nous sert une vision un peu trop parfaite et idéalisée du pays, alors que nous savons en surface que ce n'est pas le cas. En lisant la quatrième de couverture, on s'attend à une critique du système politique, social, financier, de la Corée du Sud par le personnage principal, Kyena, qui choisit de quitter la Corée du Sud, son pays, pour l'Australie, car elle se sent étrangère dans son propre pays. Quitte à se sentir étrangère, autant le devenir jusqu'au bout.

   Le roman va bien au-delà de cette critique. En moins de 200 pages, celui-ci aborde les problématiques auxquelles sont confrontés la grande majorité des Coréens, notamment au niveau financier, mais aussi social, et qui poussent Kyena à quitter son pays pour l'Australie. Arrivée là-bas, elle va se retrouver confrontée à la méfiance et la discrimination, voire le racisme ambiant, la quasi-impossibilité de s'intégrer car étrangère, la pauvreté et la misère des étudiants mal pris en charge par le pays et les structures qui les encadrent, ainsi que d'autres sujets importants et d'actualité. Mais Parce que je déteste la Corée est également une véritable ode à la liberté et à l'émancipation, et surtout, l'émancipation des femmes. Kyena est un personnage qui a ses faiblesses et ses travers, mais elle a eu la force et le courage nécessaires de partir d'un pays où la société est particulièrement dure, exigeante et misogyne envers les femmes, on le ressent pendant les rares passages où Kyena, forte de ses nouvelles expériences en Australie, revient rendre visite à sa famille, son ex-petit ami et ses amies en Corée du Sud, qui, eux, ne semble pas avoir avancé. C'est un roman assez rafraîchissant de ce point de vue. Kyena est un personnage agréable à suivre dans ses aventures, elle nous est sympathique car on s'identifie beaucoup à elle, Le choix de la narration à la première personne est une bonne idée car on se sent d'autant plus proche d'elle et on est plus à même de compatir avec elle.

   Au-delà de cela, on apprend beaucoup de choses aussi bien sur la culture coréenne, mais aussi par extension de l'Asie du Sud-Est. Kyena rencontre beaucoup d'étudiants aussi bien coréens qu'australiens, mais aussi philippins, indonésiens, etc. Ce mélange des cultures est puissant, et leur confrontation est d'autant plus forte. On rencontre les nuances des cultures asiatiques que l'on a tendance à considérer comme étant faites d'un seul bloc, alors que ce n'est pas le cas.

   Parce que je déteste la Corée est au final un roman très agréable à lire, très intéressant également. L'écriture de l'auteur est sobre, dénuée de fioritures, elle va droit au but, et c'est ce que j'aime dans la plupart des romans asiatiques que j'ai pu lire jusqu'à présent. Elle invite à la réflexion, à l'immersion dans une culture et une façon de penser si différente de la mienne. Je vous invite à vous y intéresser si vous avez envie d'en savoir plus sur la Corée et l'Asie du Sud-Est, et notamment la face cachée de ce que l'on veut bien vous montrer habituellement.

jeudi 24 janvier 2019

Fréquence Oregon

Auteur : Loïc Le Pallec
Edition : Sarbacane
Collection : Exprim'
Parution originale : 7 novembre 2018
Genre : SF, Jeunesse
Origine : France
Nombre de pages : 280
Résumé : La Terre, dans quelques années... À l'abri d'un monde en proie au chaos, dans un luxueux complexe pour familles fortunées, Alta Luna s'ennuie entre une mère dépressive et un père débordé. Heureusement, il y a les amis : Jonas, un peintre bâti comme un gladiateur, et Gaspard, qui dispute d'interminables parties d'échecs avec le robot Seven. Un jour, un couple de jeunes déserteurs échouent sur les côtes de ce paradis, ils sont aussitôt emprisonnés. Alta Luna, Jonas et Gaspard décident d'organiser leur évasion,avant de s'envoler à bord d'un petit avion avec leurs protégés et Seven. Leur destination ? L'Oregon. Un mystérieux « capitaine Green » est, paraît-il, en train d'y bâtir un monde nouveau...

   Avant de commencer cet article, petit disclaimer :

   - J'ai déjà écrit cet article sur ce blog, article qui avait fait polémique, notamment avec l'auteur parce que... je n'ai pas aimé son livre. Pire que ça, je lui ai trouvé des aspects sexistes. Je précise donc, que cet article n'est que le reflet de mon avis le plus subjectif,e t je le réécrit afin d'être la plus précise possible sur mon avis et pour répondre à des commentaires qui ont été laissés et n'ont pas compris ledit avis. Vous avez évidemment le droit d'avoir aimé ce livre et de le défendre dans les commentaires, je vous demande simplement de le faire avec le plus de respect et de politesse possible envers moi et mon avis. Pas comme la dernière fois, donc.
   - Cet article n'est pas là pour causer de la peine à l'auteur ou la maison d'édition, que j'apprécie par ailleurs, mais pour montrer ce que je trouve qui n'allait pas dans ce livre et comment je trouve qu'il aurait pu être amélioré. Je n'incite personne à passer son chemin devant ce livre, parce que je considère qu'un livre que je n'ai pas aimé trouvera forcément son public ailleurs, même s'il est intéressant de partager des avis pour, mais aussi des avis contre, sur la question. Maintenant, si l'auteur se sent attaqué... et bien, c'est dommage, car ce n'était pas le but.
   - Je vais spoiler certains passages du livre pour pouvoir donner mon avis en profondeur et ainsi expliquer pourquoi je n'ai pas aimé. Si vous n'avez pas lu le livre et que vous ne souhaitez pas connaitre ces détails, attention, parce que cette chronique en contient.
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   Pour ce qui est de mon avis sur Fréquence Oregon, vous l'aurez donc compris : je n'ai pas aimé ce livre. Je partais pourtant avec un bon a priori sur la question, puisque c'était la première fois que je lisais un roman de SF chez Sarbacane, et que le résumé de la quatrième évoquait des sujets d'actualité tels que le débat autour de l'accueil des migrants, le besoin d'espérer en l'existence d'une terre promise alors que la société et le monde s'effondre sous les assauts des guerres, la tolérance envers les minorités, etc. Des sujets qui m'intéressent donc, et dont le traitement fait auprès de la jeunesse m'intéresse d'autant plus.
   Dans ce roman, qui se place quelques années après nous, sur une Terre dévastée, nous rencontrons Alta Luna, qui habite dans un complexe abrité des guerres et fermé aux visiteurs, et qui s'ennuie d'une vie oisive qu'elle mène. Avec ses amis Jonas, Seven et Gaspard, ils découvrent un jour un émetteur qu'ils arrivent à mettre en marche, et avec lequel ils arrivent à contacter Ulysse et Cassiopée, deux déserteurs qui ont bien l'intention de partir retrouver un certain Capitaine Green qui les attends dans un pays qu'il appelle l'Oregon, où ils pourraient vivre une vie meilleure. Alta Luna et ses amis décident donc d'aider Ulysse et Cassiopée dans cette odyssée.

   Un roman qui parle de tolérance, d'évasion, d'aventures, pourquoi alors n'ai-je pas aimé ce roman donc, puisqu'il semblait réunir tous les ingrédients que j'aime ? Et bien pour deux raisons principales : 
   La première, c'est que j'ai trouvé la trame de l'histoire extrêmement classique, simpliste et entendue. A tel point que je devinais la suite des évènements avant même que celle-ci ne se soit déroulée. J'ai eu la sensation que l'auteur s'était muni d'une liste à puces de tous les clichés du roman de science-fiction qu'il connaissait et s'en était servi pour parsemer son histoire et faire avancer l'intrigue de cette manière.
   Si j'étais une adolescente qui n'avait pas beaucoup lu, je n'aurais sans doute pas autant été gênée par cet aspect, mais malheureusement je sais aussi qu'il existe des romans comme Sirius de Stéphane Servant, qui est un roman jeunesse d'anticipation qui traitent les mêmes sujets que Fréquence Oregon, et que pour autant, je trouve bien mieux écrit et plus complexe, et tout autant accessible à la jeunesse. Contrairement à ce que certains pourraient penser, les adolescents sont des êtres qui comprennent les pensées et les concepts complexes, et simplifier ces concepts en les entourant de clichés, c'est infantiliser les adolescents et ne pas reconnaître leur intelligence, leur sens critique et leurs capacités de réflexion. Et s'il faut une brique de 600 pages ou de deux tomes de 300 pages afin de bien développer ces aspects, et bien ce n'est pas ce qui va faire peur aux adolescents, qui dévorent littéralement des sagas entières de 1000 pages à ces âges. La banalité du récit et les clichés qui l'entourent est donc un premier critère que je n'ai pas aimé dans ce récit.

   Le deuxième point que, non seulement je n'ai pas aimé, mais qui m'a surtout dérangée, sont certains aspects sexistes que j'ai trouvé dans ce récit. Je ne dis pas là que l'auteur a fait preuve de sexisme consciemment, puisqu'un de ses personnages est profondément féministe. Cependant, une personne qui s'éveille aux questions du féminisme dans notre société n'est pas à l'abri de faire preuve de ce que l'on appelle "le sexisme ordinaire", et ce récit en est parsemé.

   En premier lieu, le personnage de Lupita, qui aurait pu être tellement intéressant si l'auteur l'avait un peu plus développée. Malheureusement, on oublie régulièrement son existence au cours de l'histoire, car l'auteur ne lui attribue que quelques phrases de dialogues au cours du récit. Si encore l'auteur avait précisé qu'elle était de nature laconique et peu communicative, mais qu'il la faisait exister en lui attribuant plus d'actions et de présence dans le récit. En comparaison, il y a un personnage dans le roman La Princetta et le Capitaine de Anne-Laure Bondoux qui est muet. Cela n'empêche absolument pas le personnage d'exister dans le récit, d'avoir un background et un développement personnel au cours du roman, et on n'oublie certainement pas son existence pendant qu'on lit le roman. Le personnage de Lupita est bâclé, invisibilisé, son potentiel est négligé. Je suis sûre que l'auteur ne l'a pas négligée précisément parce que le personnage est féminin, mais c'est cela que l'on appelle du sexisme ordinaire et intégré, c'est le plus vicieux car il est inconscient, mais il existe et se manifeste tout de même.
   Il se manifeste également lorsque l'auteur n'attribue les rôles du soin qu'aux personnages féminins, et jamais aux personnages masculins. Cela, parce que dans l'imaginaire collectif, la femme est la responsable du soin envers les autres. J'aurais aimé voir les personnages masculins Jonas et Gaspard s'occuper des enfants dans cette histoire également, ou pourquoi pas, le robot Seven (ça, ça aurait été original, et potentiellement drôle et tendre comme comique de situation !), puisque tout au long du récit sa nature cartésienne et rigoureuse est influencée par la nature des humains qu'il côtoie. Ça aurait été une plus belle preuve que le robot se lie aux humains et comprend leur nature humaine, plutôt que la scène de tentative de viol où il se fait sauveur.
   D'ailleurs, parlons de ces scènes de tentative de viol. Il y en a deux dans le roman, je préfère prévenir dès maintenant pour les personnes les plus sensibles. Je suis de ces lecteurs pour lesquels le sujet est si grave que ces scènes se doivent d'être nécessaires et irremplaçables pour la suite du récit. Autant la première pourrait l'être, puisqu'elle sert, d'après l'auteur, à sceller le fait que Seven commence à se rapprocher de plus en plus des humains. Cependant, il y avait, à mon avis, des dizaines de scènes qui auraient pu remplacer celle-ci et faire passer le même message. Des scènes qui ne mettraient pas un personnage féminin en position de faiblesse par rapport à un homme par exemple, comme on a pu le voir des centaines de fois dans la culture artistique, pour commencer.
   La deuxième est, à mon sens, absolument pas nécessaire, en revanche. Elle apparaît à un moment où Alta Luna se fait kidnapper, et, si elle était là pour montrer la nature sauvage de ces hommes, il me semble que, déjà, le kidnapping et la séquestration étaient bien suffisantes pour le montrer. Encore une fois, ce sont, pour moi, des scènes faisant preuve d'un sexisme ordinaire et intégré, et je ne dis pas l'auteur lui-même est sexiste et misogyne, mais sa façon d'écrire les personnages et les scènes l'est.

   Tous ces points que j'ai abordé me font penser à deux choses : soit ma sensibilité au sexisme, et plus encore, au sexisme ordinaire, s'est accrue au fur et à mesure que j'ai grandi et mûri ; soit ce sexisme que j'ai découvert au fil de ma lecture et dont l'auteur a fait preuve par son écriture est une conséquence directe du sexisme et de la misogynie présente dans la SF depuis toujours (il suffit de se rappeler les couverture racoleuses de femmes seins nus et dans des positions lascives sur les livres de SF dans les années 80...) et dont il est difficile de se détacher tant cela est ancré dans les clichés de la SF.
   Pourtant, il faut s'en détacher, il faut écrire des personnages féminins intéressants et progressistes dans les romans de science-fiction parce que, bah on est en 2019 maintenant, et on mérite ce genre de personnages même quand on lit de la science-fiction. Comme je le disais précédemment, le personnage d'Avril, dans Sirius de Stéphane Servant, est un exemple parfait de personnage féminin intéressant et progressiste dans la littérature de science-fiction, en particulier jeunesse, car il utilise les clichés de la science-fiction pour les détourner. Avril s'occupe d'un enfant dans Sirius par exemple, ce qui constitue un cliché que j'ai dénoncé plus haut en soi, mais Stéphane Servant détourne cet aspect du personnage en la présentant comme étant une héroïne investi d'une mission et d'une quête de la plus haute importance, qui est de s'occuper de cet enfant, une quête de premier plan. Car le cliché de la "femme infirmière" dans les récits, c'est souvent de lui attribuer une tâche qui la met au second plan, ce qui n'arrive pas là. J'aimerais lire plus de romans de science-fiction jeunesse aussi beau et originaux que celui-ci, chose que je n'ai pas retrouvé avec Fréquence Oregon.

   Je termine cet article en précisant à nouveau qu'il ne s'agit que de mon avis. J'ai réécrit cet article dans le but de tendre le plus vers cet objectif de montrer que c'est mon avis, et pas une vérité générale que je tente d'imposer. Lisez ce roman, et faites-vous votre avis, pour moi, ça n'a juste pas fonctionné.
   Vous pouvez bien entendu, si vous avez aimé ce livre, le défendre en commentaire, dans le respect le plus total de mon avis et de ma personne, et en faisant preuve de bienveillance envers moi, et entre vous.

dimanche 20 janvier 2019

La Dénonciation

Auteur : Bandi 
Edition : Picquier 
Collection : Littérature 
Parution originale : 2016 
Genre : Témoignage, Nouvelles 
Origine : Corée du Nord 
Nombre de pages : 244
   Résumé : Bandi, qui signifie "luciole", est le pseudonyme d'un écrivain qui vit en Corée du Nord. Après bien des péripéties, dissimulés dans des livres de propagande communistes, ses manuscrits ont franchi la frontière interdite pour être publiés en Corée du sud. Mais pas leur auteur. Bandi a choisi de rester, lui qui se veut le porte-parole de ses concitoyens réduits au silence. Ses récits où s'expriment son émotion et sa révolte dévoilent le quotidien de gens ordinaires dans une société où règnent la faim, l'arbitraire, la persécution et le mensonge, mais aussi l'entraide, la solidarité, et l'espoir, chez ceux qui souffrent. Des récits d'une grande humanité, et l'ouvre d'un authentique écrivain.
    "Rappelez-vous l'œuvre dystopique la plus atroce que vous ayez lu dans votre vie. Pensez-y fort. Ce recueil est la pire de toutes, car elle est réelle." Ces mots sont ceux que je poserais sur le coup de cœur que je collerais sur ce livre au boulot, tant ce livre m'a bouleversée.
   En effet, ce recueil de nouvelles est l’œuvre de toute la vie d'un auteur nord-coréen répondant au nom de Bandi, qui a passé une grande partie de sa vie à récolter les témoignages de vie de ses compatriotes qui lui ont inspiré ces nouvelles. Celles-ci nous sont parvenues hors de Corée du Nord en passant la frontière avec la Chine, entre les pages de livres communistes. Mais l'auteur a décidé de rester alors qu'il avait l'occasion de partir à son tour, afin de continuer à dénoncer l'injustice et la misère de son pays.
   Le pacte de lecture passé avec cette œuvre et son auteur nous certifiant que les histoires que nous allons découvrir sont réelles, la lecture en a été d'autant plus éprouvante et bouleversante, mais néanmoins nécessaire pour quiconque souhaite en savoir plus sur les deux Corées et leur histoire. D'autant plus qu'il est difficile de trouver le moindre contenu véridique à propos de la Corée du Nord, et surtout provenant d'un auteur qui y vit.

   Chaque histoire propose une situation différente, et il est difficile, pour nous qui vivons une vie relativement simple et libre, de se dire que ces situations ont été vécues et sont encore vécues, quelque part, dans le monde, alors qu'elles ressemblent à des scènes orwelliennes. Par exemple, dans une nouvelle, nous nous retrouvons plongés dans la vie d'une petite famille avec un enfant en bas âge, au moment d'un grand évènement en l'honneur de Kim Il Sung, le "Grand Leader" en vigueur de l'époque. Le problème, c'est que le bébé a peur du portrait du Leader accroché devant les fenêtres de l'appartement, et que la mère se retrouve obligée de fermer les rideaux blancs distribués à l'occasion de l'évènement pour préserver l'enfant. Elle se fait alors réprimander par la responsable du quartier (oui, en Corée du Nord, il y a des responsables de quartier qui surveillent vos moindres faits et gestes, "Big Brother is watching you" c'est pas de la fiction là-bas) et est suspectée d'envoyer un message à des espions, puisque son comportement diffère des autres résidents. Je vous laisse sur ça pour pas vous spoiler la nouvelle, mais cela vous donne un exemple du type de situations rencontrées dans le recueil, et vous laisse présumer du pétrin dans lequel elle s'est mise pour cette simple action.

   Le truc, avec ce recueil de nouvelles, c'est que chaque petite histoire ressemble à une œuvre d'anticipation dystopique, mais en sachant que ce que vous lisez est réel, c'est à double tranchant à mon avis : soit vous réussissez à le prendre comme tel, vous pouvez avoir ce réflexe de suspension de l'incrédulité qui se produit chez le lecteur quand le pacte de lecture annoncé assure que l'histoire est fictive et donc vous retrancher derrière une barrière pour vous protéger de votre lecture, et ainsi l'aborder sereinement ; soit, comme moi, le pacte de lecture passé avec l'auteur a une vraie influence sur vous et fonctionne ici comme lorsque vous lisez une biographie ou une autobiographie : j'ai abaissé toutes mes barrières entre la lecture est moi, ce qui fait que j'ai été prise par ma lecture tout du long, je ne pouvais pas lâcher mon livre, que j'en suis ressortie bouleversée et que j'y suis même allée de ma larme.
   Je ne saurais dire si ma nature empathique à joué dans l'équation, (à mon avis oui) mais je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir beaucoup de peine, en sachant que ce qu'endurent les personnages représente le quotidien de millions de personnes encore aujourd'hui dans le monde. Ce n'est pas normal que des situations que nous lisons dans des livres de science-fiction ou dystopique pour notre divertissement aujourd'hui, tel que le culte de la pensée unique, le contrôle des populations et des déplacements, la censure culturelle, soient vécues quotidiennement par des gens quelque part dans le monde. Il est révoltant que des gens vivent un 1984 encore en 2019.

   Cependant, et c'est absolument jouissif, Bandi fait beaucoup plus que de mettre en lumière la misère qu'est devenue son pays. Il nous montre comment le peuple s'organise pour contourner et défier l'autorité. Il fait éclater les préjugés comme quoi les Coréens du Nord sont tous matrixés et et ont tous subi un lavage de cerveau sous leur dictature. Et certes, bien sûr, beaucoup cherchent la moindre erreur commise par leurs camarades pour pouvoir les dénoncer et ainsi gagner en estime auprès du Parti, mais pour la plupart, il se développe un esprit d'entraide, de loyauté envers les uns et les autres, de solidarité face à l'ennemi, qui les poussent à soutenir leurs camarades suspectés de non adhésion au Parti, à partager leurs maigres ressources entre eux, à faire passer des messages codés pour dénoncer les agissements du Parti, comme des chansons ou des pièces de théâtre. Ils essaient de vivre aussi normalement que possible sous un régime à contraintes aussi draconiennes. J'ai trouvé que cet aspect du récit brillait d'une lumière d'espoir au milieu de cet obscurantisme dans laquelle baigne le peuple nord-coréen.

   En définitive, vous l'aurez compris, cette lecture m'a complètement retourné l'estomac, m'a révoltée, m'a mise en colère, m'a rendue triste, mais est également devenue une référence pour moi que je conseille à quiconque est sensible à ce qui a trait à la Corée, souhaite en apprendre de manière plus précise sur son histoire, la politique de la Corée du Nord, la vie de ses habitants, les difficultés qu'ils endurent. "Bandi" est un terme qui signifie "luciole", et qui, par définition, projette sa lumière sur le monde. C'est donc un beau recueil que nous présente l'auteur, et qui permet de prendre conscience de cette réalité alternative qui existe dans notre propre monde, pas si loin de chez nous, et permet d'éveiller une nouvelle réflexion.

https://buffyslibrary.blogspot.fr/search/label/Coup%20de%20c%C5%93ur

jeudi 13 décembre 2018

Nox

Autrice : Eloïse Tanghe
Edition : Le Chat Noir
Collection : Cheschire
Parution originale : 14 février 2018
Genre : Fantastique
Origine : France
Nombre de pages : 325

Résumé : Dans les couloirs glacés d’un asile, des voix chuchotent à votre esprit. Elles vous murmurent une destination, un village. Vous soufflent des images. Un lac cerné de neige. Une église souillée. Un brasier et les cris qu’il renferme. Elles vous content une histoire de sorcières. Vous narrent ses chapitres maudits. Sous un linceul de cendres, git une vérité que nul habitant ne pourra plus ignorer. Leurs secrets. Leurs peurs. La vôtre. Il est déjà trop tard. Bienvenue à Clairemont.

   Salut ! Comment ça, vous ne vous souvenez pas de moi ? C'est pas comme si la dernière fois que j'avais posté sur ce blog était il y a deux mois... ah, oups, on me fait signe dans l'oreillette que c'est le cas. Bon. En même temps, entre ma recherche d'emploi, le concert MERVEILLEUX de BTS (un de mes groupes favoris) auquel j'ai assisté fin octobre à Paris, mon nouvel emploi en tant que libraire, ma recherche d'un nouvel appart et mon installation, il s'en est passé des choses dans ma vie dernièrement, je n'ai donc pas eu l'occasion de beaucoup écrire pour le blog. Cependant, ne vous inquiétez pas, j'ai lu aussi plein de livres pendant ce temps, et Nox d'Eloïse Tangue n'est que le premier de la liste, ce qui signifie que je vais de nouveau être active par ici.

    Nox est à la base un roman dont j'aurais aimé vous parler le 31 octobre dernier, car son sujet principal est la sorcellerie, enfin, plus précisément, la persécution des sorcières. Nous rencontrons au début Théa, une jeune fille qui a une particularité : celle d'entendre des voix dans sa tête. Elle a été placée en asile psychiatrique jusqu'à ses 18 ans par son père, qui a vu la mère de Théa se suicider à cause du même pouvoir (ou la même malédiction, appelez cela comme vous le voulez) que Théa. Elle va croiser la route d'Elias et Cléa, deux habitants de Clairemont qui, pour le cours d'histoire de leur lycée, doivent mener à bien un exposé au sujet de leur ville. Et bingo, leur sujet d'exposé ? La persécution et l'immolation par le feu d'une jeune femme, Eléonore, des siècles auparavant, pour la même différence que Théa. Ensemble, Théa, Elias et Cléa vont tenter de découvrir le fin mot de cette histoire, et les dangers qui peuvent attendre Théa dans une ville comme Clairemont.

   J'ai un avis assez mitigé sur ce roman. D'un côté, je suis très impressionnée, car c'est la première fois de ma vie que je lis le livre d'une autrice plus jeune que moi. Pourtant, Eloïse a la même maturité d'écriture que l'on peut retrouver chez un.e auteur.ice plus expérimenté.e. Elle écrit son récit d'une manière poétique, presque lyrique dans le style épistolaire, a une belle maîtrise du dialogue, ce qui, personnellement, a toujours été un exercice particulièrement difficile lorsque moi-même j'écris.
   Le contraste entre les différents points de vue est également bien maîtrisé. L'atmosphère glaciale et oppressante du point de vue de Théa est d'autant plus nette, tranchée sur le fil du point de vue chaleureux et rassurant d'Elias. Pourtant, malgré cette différence marquée entre les deux personnages, on sent que leurs destins sont liés, enchaînés à jamais l'un à l'autre, comme le furent ceux d'Eléonore, Henri et Elisabeth il y a des centaines d'années.
   On sent que l'intrigue a une histoire de fond très solide, et que l'autrice a fait beaucoup de recherche au niveau de son style d'écriture ainsi que dans l'élaboration de son roman. Je n'aurais jamais pensé découvrir une histoire aussi passionnante, provenant à la base de Wattpad, et pour le coup, Eloïse a réussi à briser ce préjugé envers la plateforme d'écriture en ligne pour moi.

   Cependant, on décèle quelques fragilités au niveau de l'intrigue vers la fin de l'histoire. En effet, le début est extrêmement bien construit, entre ce narrateur omniscient dont on ne connaît pas l'identité, qui sert à nous emmener à des points clés de l'histoire, le mélange des intrigues de Théa et Elias, tout ceci est hyper solide. Mais lorsque nous rentrons dans les cinquante dernières pages, on a le sentiment que l'autrice ne maîtrise plus du tout son intrigue, qu'elle ne sait comment conclure. Vers la fin du roman, je ne comprends plus les motivations et les comportements des personnages, car il n'y a pas d'explications à ce propos. On reste dans le flou, et c'est voulu, puisque c'est un roman fantastique, il doit rester du flou pour que le lecteur ait une libre interprétation du fin mot de l'histoire. Mais à mon sens, il ne devrait pas y en rester sur les motivations des personnages à faire les choses, et c'est ce qui m'a dérangée à propos de l'histoire, je trouve cela dommage de terminer sur une note de totale incompréhension de l'histoire. 
   Il est néanmoins agréable de lire un roman qui se dit fantastique, et qui respecte les codes du roman fantastique : jusqu'à la toute fin, on ne saurait pas dire si la cause des tourments de Théa, de sa mère, d'Eléonore, est naturelle, ou surnaturelle. Beaucoup de romans que l'on dit "fantastiques" d'aujourd'hui ne sont en réalité que des romans du genre merveilleux, puisqu'ils ne jouent pas sur l'ambivalence entre cause naturelle et surnaturelle du problème exposé, et le définissent clairement comme étant de cause surnaturelle. Ces jeunes femmes sont-elles victimes de traumatisme psychologique, d'une forme de schizophrénie particulièrement violente, ou possèdent-elles réellement des pouvoirs de sorcières ? L'histoire ne vous le dira jamais, c'est à vous que revient la lourde tâche de l'interprétation.

En définitive, Nox est un roman que je recommanderais chaudement à quiconque aurait envie de lire une histoire originale à propos de sorcières, qui joue sur le caractère historique de la "sorcière de Salem", dont on ne sait si elles possédaient de vrais pouvoirs ou de vraies connaissances mystiques ou du monde de l'occulte. On sent également dans l'écriture et l'esprit d'Eloïse une patte profondément féministe, et elle nous le fait savoir sous la forme d'un récit qui dénonce la persécution des femmes, sous toutes les formes que ce soit. Malgré la fin de ce roman qui me laisse sur ma faim, Nox est un très bon premier roman.

samedi 6 octobre 2018

10 oeuvres d'anticipation/science-fiction pour le Mois de l'Imaginaire

Salut toi !

   Je ne sais pas pour toi, mais par chez moi, la dystopie est un genre littéraire qui commence à s'essouffler un peu. A mon sens, les nouveaux romans d'anticipation qui sortent depuis quelques années se ressemblent tous pour surfer sur le succès de ce genre revenu à la mode. C'est pourtant un type de lectures et d'univers que j'affectionne tout particulièrement, surtout lorsqu'ils surfent entre la dystopie et la science-fiction d'ailleurs. Alors, pour retrouver le goût de ce genre littéraire plus qu'intéressant, et comme en plus, le mois d'octobre est le Mois de l'Imaginaire à Fictionland, je t'ai sélectionné dix œuvres d'anticipation de mon crû, classiques ou qui sortent des sentiers battus. Alors, tu viens ?

Running Man, Stephen King

 


   Par bien des aspects, ce roman de Stephen King, écrit sous le pseudonyme Richard Bachman, s'inspire énormément du classique de la littérature d'anticipation 1984 de George Orwell, et pourrait très bien plaire aux fans de Hunger Games
   Dans ce roman où l'économie des États-Unis est ruinée et où le gouvernement contrôle le peuple grâce aux jeux télévisés, une émission fait fureur : La Grande Traque. Le but de l'émission est de traquer les candidats qui s'y présentent à travers le pays, et ce, pendant un mois entier. Chaque heure supplémentaire où le candidat reste en vie rapporte de l'argent à sa famille. Ben Richards, désespéré à l'idée qu'il ne puisse pas sauver sa fille de dix-huit mois, malade, car il ne peut pas lui offrir son traitement, décide de participer au jeu. 
   Running Man est un roman haletant qui nous entraîne partout aux États-Unis, dans lequel nous mesurons tout ce que serait l'horreur d'un pays aussi puissant jadis, totalement ruiné du jour au lendemain. Il présente une intertextualité avec les classiques du genre, et a sans doute inspiré les œuvres qui lui on fait suite.

Le Talon de Fer, Jack London



   Quand on vous dit "Jack London", si vous vous dites "Ah oui, c'est l'auteur qui raconte des histoires de loups pour les enfants là", détrompez-vous tout de suite. Oui, en effet, il a écrit les célèbres romans L'Appel de la Forêt et Croc-Blanc, mais pas seulement. Il est aussi l'auteur d'un fameux roman d'anticipation qui décrit le développement de la classe ouvrière nord-américaine et son combat contre l'oligarchie capitaliste. 
   Le Talon de Fer a pour intrigue le récit d'Avis à l'aube du XXè siècle, aux États-Unis, annoté par un observateur du XXIVè siècle qui contextualise ainsi le récit d'Avis. A une soirée qu'organise le père d'Avis, celle-ci rencontre Ernest Everhard, l'un des chefs du parti communiste. La soirée rassemble des ministres du culte, et Ernest essaie alors de leur faire ouvrir les yeux sur la situation et le danger du capitalisme aux États-Unis, qui les fera courir à leur perte, surtout en ce qui concerne la classe ouvrière.
   Ce roman reflète les idéaux politiques communistes de Jack London, qui ne s'en cache pas. C'est une anticipation politique qui a pour thème les tensions entre les partisans du communisme et ceux du capitalisme qui traverseront tout le XXè siècle. Un roman passionnant et engagé.

Ubik, Philip K. Dick

 


   On ne peut pas parler de littérature d'anticipation sans mentionner une seule fois Philip K. Dick, qui est une des références les plus inspirantes de ce genre de littérature. 
   Ubik prend place pendant les années 90, imaginées par Philip K; Dick avec une vision un poil futuriste... Puisque la technologie y est capable de repousser les limites de la mort en permettant aux humains d'être cryogénisés, tout en conservant suffisamment de conscience pour continuer à dialoguer avec les autres humains. Dans ce monde, certains humains ont également développé des dons de télépathie, précognition, etc, que l'on appelle des pouvoirs psioniques. Cependant, une autre catégorie d'être humains, les anti-psis, sont capables d'abolir ces pouvoirs psis. Joe Chip est employé comme technicien dans une agence de protection anti-psis, alors qu'un évènement catastrophique a lieu, bouleversant totalement l'univers.
   On retrouve dans ce roman la plupart des thèmes propres à l'univers dickien : les phénomènes d'entropie, un héros en inadéquation avec son environnement, les réalités superposées, la lutte entre le bien et le mal... Ubik est un véritable classique méconnu de la littérature d'anticipation.

Les Eaux de Mortelune, Philippe Adamov et Patrick Cothias

 

   Une fois n'est pas coutume, je vous présente une série BD d'anticipation. Les Eaux de Mortelune. Je lis très peu de BD, donc c'est toujours difficile pour moi d'en parler. 
   On se retrouve avec celle-ci dans un Paris dévasté dans laquelle le peuple avide gravite autour du prince de Mortelune. Dans cet univers où l'eau devient un sujet de convoitise ardent et d'affrontements car devenu rare sur la surface de la Terre, les personnages errent à la recherche désespérée de leur salut. Le trait d'Adamov est absolument génial, et on sent à travers son art grâce à des couleurs toujours très brunes et froides à quel point l'univers qu'il dépeint est empoisonné. L'imagination débordante de Clothias vient enrichir cette œuvre absolument superbe.

Qui a peur de la Mort ?, Nnedi Okorafor



   Je n'ai toujours pas réussi à déterminer si Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor est un coup de cœur pour moi, toujours est-il qu'il reste un souvenir de lecture lancinant. Il s'agit d'un roman d'anticipation qui place son intrigue, une fois n'est pas coutume, quelque part en Afrique (oui, je sais, c'est très vague et l'Afrique est vaste, mais l'autrice ne précise absolument pas sur les terres de quel pays exactement se passe son histoire.)
   L'histoire raconte la vie d'Onyesonwu, une jeune fille née d'un viol. Selon les superstitions de son village, c'est cette tragédie qui permet aux enfants issus de cette ignominie de développer des pouvoirs magiques. Au fur et à mesure qu'Onye grandit, qu'elle développe ses pouvoirs et apprend son histoire, sa soif de vengeance s'accroît, et elle décide de partir sur les traces de son père afin de lui faire payer le prix fort de son acte abominable. 
   Le roman est à la croisée des chemins entre le roman de science-fiction et d'anticipation, traitant de sujets très peu abordés dans la littérature de l'imaginaire tels le féminisme, et notamment l'afroféminisme, le sexisme et les violences faites aux femmes dans les cultures africaines, mais également le racisme en toile de fond. Un excellent roman, qui présente cependant des longueurs finalement surmontables.

L'Orange Mécanique, Anthony Burgess

 


    Vous connaissez sans doute tous le célèbre film Orange Mécanique de Stanley Kubrick, mais saviez vous qu'il s'agissait de l'adaptation d'un roman de science-fiction et anticipation ? Pour ceux qui vivent dans une grotte, l'histoire décrit les actes de violence et de violation de Alex Delarge, un jeune homme qui vit à Londres dans un futur proche avec sa bande de droogies. Un jour, Alex se fait dénoncer par sa bande, et est arrêté et envoyé en prison. Il va y subir le traitement Ludovico, à la suite duquel la violence et le sexe le rendent malade. Mais alors qu'il est relâché, Alex doit faire face à ses victimes.
   Je dois dire que ce roman est assez indescriptible. Âmes sensibles, abstenez-vous de le lire, car il est d'une violence extrême, mais c'est indéniablement un des meilleurs romans de science-fiction que j'ai pu lire jusqu'alors.

Ravage, René Barjavel

 

 
   Ravage est un roman d'anticipation et dystopique de René Barjavel qui révèle tout le pessimisme de l'auteur fasse aux nouvelles technologies et leur utilisation par les hommes. C'est un genre de Black Mirror dans le contexte, mais inversé, en livre, et écrit il y a 75 ans (donc, pas du tout comme Black Mirror, mais j'avais besoin d'un truc bien connu pour te mettre sur la piste...)
   L'histoire de ce roman montre comment, alors que le monde plonge dans un blackout complet (plus d'électricité, d'eau courante, de moyen de transport...), les humains plongent dans le chaos le plus total, provoquant ainsi le naufrage total de la société. C'est un roman important dans le contexte de son époque, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, qui en a horrifié plus d'un en voyant l'inventivité technologique des hommes pour se détruire mutuellement, et de nombreuses références sont faite notamment au régime de Vichy et à la France sous l'Occupation.

Le Transperceneige, Jacques Lob et Benjamin Legrand

 


    Décidémment, je n'aurais jamais autant parlé de BD sur ce blog que dans cet article ! 
   Le Transperceneige est une assez vieille série de BD, puiqu'elle a été créée dans les années 80. L'histoire prend place dans un monde post-apocalyptique dans lequel le reste du monde qui a survécu est entassé dans un train énorme qui roule éternellement. Il existe une hiérarchisation dans ce train : les riches vivent dans les wagons dorés du devant, et les pauvres, dans les wagons de fin de convoi. L'alimentation est gérée par les wagons potager, et des wagons militaires assurent la sécurité. Après un évènement effroyable dont le héros, Proloff, qui vit dans les wagons des pauvres, refuse de parler à ses interlocuteurs, celui-ci va décider de remonter les wagons un à un afin de découvrir ce qu'il se passe.
    La BD présente une atmosphère très étrange, elle est dessinée en noir et blanc, et elle présente les codes principaux des œuvres du post-apo, tout en axant sa philosophie sur la lutte des classes plutôt que sur un eugénisme dictatorial.

La Zone du Dehors, Alain Damasio





   Avant d'être l'un des meilleurs café-librairie de tout Bordeaux (comment ça, je fais de la pub ?), La Zone du Dehors est un roman d'anticipation écrit par l'auteur français Alain Damasio.
   On y suit la vie des habitants de Cerclon, une société pseudo-démocratique basée sur un satellite imaginaire de Saturne. Cette société est caractérisée parce qu'on appelle le "clastre" : tous les deux ans, les citoyens se réunissent donc pour classer leurs compatriotes selon leur comportement, l'efficacité au travail, bref, selon ce qui ferait d'eux de bonnes personnes. Les citoyens de Cerclon se surveillent donc mutuellement, car de leur classement dépend leur place dans la société. Cependant, le quotidien de cette société se voit bouleversée par les actions subversives de La Volte, un groupuscule contestataire qui va faire la révolution.
   Les références à 1984 sont nombreuses dans ce roman, allant de la date à laquelle se passe l'histoire, 2084, jusqu'au sujet du glissement d'une démocratie vers le totalitarisme, en passant par le système de surveillance généralisé de toute une société.


Globalia, Jean-Christophe Rufin

 



   Pour la fin de cette séléction, j'ai eu envie de privilégier des auteurs et artistes français, et surtout, pour ce dernier roman, je souhaite vous présenter un livre que j'ai découvert récemment, d'un auteur français dont je ne savais pas jusqu'alors qu'il écrivait aussi de la science-fiction : Jean-Christophe Rufin. 
   Globalia est un roman d'anticipation qui présente une dystopie. L'action se déroule dans un futur indéterminé, dans une période dont on sait seulement qu'elle est ultérieure à la nôtre. L'histoire est celle de Globalia, une sorte d'Etat mondial, qui assure la prospérité et la sécurité de tout le monde, tant que le système n'est pas remis en cause (une sorte de totalitarisme déguisé, en sorte). Les zones sécurisées sont principalement situées dans l'hémisphère nord, tandis que ce que l'on appelle les "non-zones" sont situées dans l'hémisphère sud. Ces "non-zones" sont réputées pour être inhabitées, mais elles abritent en réalité les personnes que Globalia considère comme étant des terroristes. On suit alors Baïkal Smith, un jeune Globalien qui cherche à fuir la société de Globalia qui lui pèse. Il se fait enrôler dans une machination afin de fédérer la population de cet Etat Mondial contre ces populations des "non-zones" en créant un ennemi public n°1.
   Le roman aborde quelques pistes de réflexion intéressantes : la difficulté de concilier liberté et sécurité, les droits de la société à exclure des individus pour son bien-être, le rôle qu'on les médias pour instaurer une cohésion dans la société, et leur influence dans la perception que l'on a de la société, entre autres. Des pistes de réflexion sur un sujet vieux comme le monde : la vie en société.

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   Et voilà pour cette première sélection de romans pour le Mois de l'Imaginaire ! J'espère qu'elle vous aura plu, et que je vous aurais fait découvrir de nouveaux livres, et surtout, donné envie de les lire. Certains d'entre eux pourraient parfaitement entrer dans le cadre d'un Winter Classic Novels Challenge, je dis ça, je dis rien. La prochaine sélection de ce mois de l'imaginaire, qui arrivera sans doute la semaine prochaine, portera sur les romans fantastiques/de fantasy de je conseille absolument ! Je vous souhaite pour le moment de belles lectures, et à une prochaine fois !


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