dimanche 22 avril 2018

Qui a peur de la mort ?

Autrice : Nnedi Okorafor
Editeur : ActuSF (Indés de l'Imaginaire)
Parution originale : 2013
Genre : SF, Fantasy
Origine : Etats-Unis
Nombre de pages : 550
   Résumé :  Afrique, après l’apocalypse. Le monde a changé de bien des façons, mais il est une région où les génocides intertribaux continuent d’ensanglanter la terre.
Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi.
Elle erre dans le désert dans l’espoir d’y mourir,
mais donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable.
Persuadée que son enfant est différente, extraordinaire, elle la nomme « Onyesonwu », ce qui signifie, dans une langue ancienne : « Qui a peur de la mort ? »
À mesure qu’Onye grandit, elle comprend peu à peu qu’elle porte les stigmates physiques et sociaux de sa violente conception. Des pouvoirs magiques aussi insolites que remarquables commencent à se manifester chez elle alors qu’elle est encore enfant. Sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à quitter son foyer pour se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, l’histoire, l’amour, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu’elle porte.
   J'ai lu ce roman en partie parce qu'un ami libraire a beaucoup insisté auprès de moi pour que je le lise. Son argument de vente ? "Le roman sera bientôt adapté en série par HBO, si tu le lis maintenant tu pourras dire que tu connaissais avant que ça devienne mainstream". Il m'en faut peu pour me convaincre de lire un livre, oui, et vous inquiétez pas, il le sait bien, va. 
   Ma deuxième raison tient dans le fait, comme je le disais quand je parlais des Sœurs Carmines, ma lecture a été un tel coup de cœur qu'elle donné envie de connaître en profondeur le catalogue des éditions Mnémos. De fil en aiguille, j'ai appris que la maison d'édition faisait partie du collectif des Indés de l'Imaginaire qui rassemble donc Mnémos, les Moutons Electriques et enfin, ActuSF, qui édite Qui a peur de la mort ?.

   Mon avis sur ce roman est assez mitigé, et se divise en deux parties, qui suit d'ailleurs le schisme qui se crée dans le roman. 
   La première partie du roman narre la jeunesse de l'héroïne, Onyesonwu, dans le village de Jwahir, en Afrique, de sa petite enfance jusqu'à l'âge adulte. Onyesonwu a une particularité : parmi ses camarades à la peau d'ébène et aux cheveux d'un noir corbeau, elle est la seule à avoir une peau et des cheveux couleur de sable, ce qui fait d'elle une paria au sein de la société. Au fur et à mesure que la petite fille grandit pour devenir une femme, elle va en apprendre beaucoup à son propos, sur sa conception, sa naissance ainsi que sur ses propres capacités, magiques ou non. Cette première partie du livre a une fonction de roman d'apprentissage, car l'héroïne va subir des épreuves qui vont la faire grandir et progresser, mais qui, inexorablement, vont la mener vers la chute qui va amorcer la deuxième partie du roman. J'ai également vu des emprunts de tropes aux shonen japonais, notamment en ce qui concerne l'apprentissage de sorcière de Onye. Mais ce que j'ai le plus aimé dans cette partie, c'est la façon qu'a l'autrice de créer un personnage féminin complexe, tiraillé entre sa conscience qui lui dit que les traditions, telles que le mariage ou encore l'excision, oppressent et aliènent les femmes, et de l'autre son besoin d'effacer le plus possible sa différence, de s'intégrer véritablement à son peuple, alors qu'elle sait pertinemment qu'aucun des pas qu'elle fera vers la tradition ne changera quoi que ce soit de ce que le monde pense d'elle. 
   Cette première partie est très riche, en personnages complexes et en rebondissements, mais elle présente également une histoire extrêmement bien ficelée, ce qui renforce d'autant plus ma déception en ce qui concerne la deuxième partie.

   Cette deuxième partie se présente comme une quête, en effet, Onyesonwu part à la recherche d'une personne contre laquelle elle nourrit une haine sans bornes, accompagnée de ses amis et forte de son apprentissage de sorcière. Et c'est là que j'ai commencé à beaucoup m'ennuyer dans ma lecture. Là où la première partie présentait plusieurs branches différentes de l'histoire, ce qui donnait la sensation de ne pas savoir où donner de la tête tant il se passait des choses, l'intrigue dans cette deuxième partie est telle une trame rectiligne, sans beaucoup de relief, à l'image du trajet que semblent faire les personnages dans leur quête. Cette deuxième partie a un rythme beaucoup plus lent également, j'ai mis beaucoup plus de temps à la lire, j'avais juste la sensation qu'il ne se passait rien du tout, alors qu'objectivement, on ne peut pas dire qu'il ne s'y passe rien. 

   En définitive, ce que l'on peut retirer de positif de cette lecture, et bien qu'on y trouve certaines longueurs comme précisé auparavant, c'est d'abord un mélange de tropes de la littérature de tous horizons assez bien dosé : nous retrouvons les aspects du dépassement de soi dans les domaines surnaturels, ainsi que l'apprentissage d'un jeune prodige auprès un vieux sage, comme dans la plupart des mangas japonais, mais également des caractéristiques propres aux genres de la tragédie grecque et du roman d'apprentissage typiquement français, le tout dans une écriture assez hollywoodienne qui se prête facilement à l'adaptation cinématographique ou télévisuelle, comme cela sera le cas bientôt à la télévision américaine. En effet, la chaîne privé HBO a acheté les droits du livre afin d'en faire une série diffusée sur leurs créneaux, chaîne qui diffuse notamment la très célèbre série Game of Thrones qui adapte à l'écran la saga de George R. R. Martin A Song of Ice and Fire. 
   On y retrouve également un personnage féminin, Onyesonwu, qui est très complexe et a beaucoup de relief : comme on la voit évoluer et grandir, elle passe par de nombreuses phases et émotions qui craquèlent l'image que l'on se fait d'elle, parce qu'elle est complètement imparfaite, et que ça fait du bien de voir un personnage féminin sur lequel on ne cristallise pas des comportements typiquement féminins. Cette notion est notamment représentative du personnage de Mwita, qui fonde sa vision du monde sur une limite bien distinguée du rôle de la femme et de l'homme dans la société, et qui a du mal à se tenir dans l'ombre d'Onye. En cela, Qui a peur de la mort ? est un roman qui présente une réflexion profondément féministe, même si ce n'est pas le fond du roman. 

   Même si mon avis est mitigé sur le roman et que j'ai une légère déception sur la deuxième partie du roman, je ne peux que recommander la lecture de Qui a peur de la mort ?, car ce roman présente une histoire et un point de vue très original dans la littérature de l'imaginaire. Premièrement, c'est un roman qui prend place en Afrique et offre donc de la visibilité pour ce continent et certaines de ses mœurs trop peu exploitées dans la littérature occidentale. Ensuite, c'est un roman qui présente des réflexion féministes, ce qui est très rare dans un roman qui traite de sujets propres à la fantasy. Enfin, vous trouverez un personnage féminin particulièrement génial car présentant beaucoup de relief et explosant tous les clichés qui reposent sur les femmes dans la fantasy. Je vous recommande donc chaudement la lecture de ce roman, ne serait-ce que pour pouvoir vous pavaner et dire "Ouais, je sais, j'ai déjà lu le livre." quand on vous dira bientôt "Tu as vu la nouvelle série de HBO ?"

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