samedi 6 octobre 2018

10 oeuvres d'anticipation/science-fiction pour le Mois de l'Imaginaire

Salut toi !

   Je ne sais pas pour toi, mais par chez moi, la dystopie est un genre littéraire qui commence à s'essouffler un peu. A mon sens, les nouveaux romans d'anticipation qui sortent depuis quelques années se ressemblent tous pour surfer sur le succès de ce genre revenu à la mode. C'est pourtant un type de lectures et d'univers que j'affectionne tout particulièrement, surtout lorsqu'ils surfent entre la dystopie et la science-fiction d'ailleurs. Alors, pour retrouver le goût de ce genre littéraire plus qu'intéressant, et comme en plus, le mois d'octobre est le Mois de l'Imaginaire à Fictionland, je t'ai sélectionné dix œuvres d'anticipation de mon crû, classiques ou qui sortent des sentiers battus. Alors, tu viens ?

Running Man, Stephen King

 


   Par bien des aspects, ce roman de Stephen King, écrit sous le pseudonyme Richard Bachman, s'inspire énormément du classique de la littérature d'anticipation 1984 de George Orwell, et pourrait très bien plaire aux fans de Hunger Games
   Dans ce roman où l'économie des États-Unis est ruinée et où le gouvernement contrôle le peuple grâce aux jeux télévisés, une émission fait fureur : La Grande Traque. Le but de l'émission est de traquer les candidats qui s'y présentent à travers le pays, et ce, pendant un mois entier. Chaque heure supplémentaire où le candidat reste en vie rapporte de l'argent à sa famille. Ben Richards, désespéré à l'idée qu'il ne puisse pas sauver sa fille de dix-huit mois, malade, car il ne peut pas lui offrir son traitement, décide de participer au jeu. 
   Running Man est un roman haletant qui nous entraîne partout aux États-Unis, dans lequel nous mesurons tout ce que serait l'horreur d'un pays aussi puissant jadis, totalement ruiné du jour au lendemain. Il présente une intertextualité avec les classiques du genre, et a sans doute inspiré les œuvres qui lui on fait suite.

Le Talon de Fer, Jack London



   Quand on vous dit "Jack London", si vous vous dites "Ah oui, c'est l'auteur qui raconte des histoires de loups pour les enfants là", détrompez-vous tout de suite. Oui, en effet, il a écrit les célèbres romans L'Appel de la Forêt et Croc-Blanc, mais pas seulement. Il est aussi l'auteur d'un fameux roman d'anticipation qui décrit le développement de la classe ouvrière nord-américaine et son combat contre l'oligarchie capitaliste. 
   Le Talon de Fer a pour intrigue le récit d'Avis à l'aube du XXè siècle, aux États-Unis, annoté par un observateur du XXIVè siècle qui contextualise ainsi le récit d'Avis. A une soirée qu'organise le père d'Avis, celle-ci rencontre Ernest Everhard, l'un des chefs du parti communiste. La soirée rassemble des ministres du culte, et Ernest essaie alors de leur faire ouvrir les yeux sur la situation et le danger du capitalisme aux États-Unis, qui les fera courir à leur perte, surtout en ce qui concerne la classe ouvrière.
   Ce roman reflète les idéaux politiques communistes de Jack London, qui ne s'en cache pas. C'est une anticipation politique qui a pour thème les tensions entre les partisans du communisme et ceux du capitalisme qui traverseront tout le XXè siècle. Un roman passionnant et engagé.

Ubik, Philip K. Dick

 


   On ne peut pas parler de littérature d'anticipation sans mentionner une seule fois Philip K. Dick, qui est une des références les plus inspirantes de ce genre de littérature. 
   Ubik prend place pendant les années 90, imaginées par Philip K; Dick avec une vision un poil futuriste... Puisque la technologie y est capable de repousser les limites de la mort en permettant aux humains d'être cryogénisés, tout en conservant suffisamment de conscience pour continuer à dialoguer avec les autres humains. Dans ce monde, certains humains ont également développé des dons de télépathie, précognition, etc, que l'on appelle des pouvoirs psioniques. Cependant, une autre catégorie d'être humains, les anti-psis, sont capables d'abolir ces pouvoirs psis. Joe Chip est employé comme technicien dans une agence de protection anti-psis, alors qu'un évènement catastrophique a lieu, bouleversant totalement l'univers.
   On retrouve dans ce roman la plupart des thèmes propres à l'univers dickien : les phénomènes d'entropie, un héros en inadéquation avec son environnement, les réalités superposées, la lutte entre le bien et le mal... Ubik est un véritable classique méconnu de la littérature d'anticipation.

Les Eaux de Mortelune, Philippe Adamov et Patrick Cothias

 

   Une fois n'est pas coutume, je vous présente une série BD d'anticipation. Les Eaux de Mortelune. Je lis très peu de BD, donc c'est toujours difficile pour moi d'en parler. 
   On se retrouve avec celle-ci dans un Paris dévasté dans laquelle le peuple avide gravite autour du prince de Mortelune. Dans cet univers où l'eau devient un sujet de convoitise ardent et d'affrontements car devenu rare sur la surface de la Terre, les personnages errent à la recherche désespérée de leur salut. Le trait d'Adamov est absolument génial, et on sent à travers son art grâce à des couleurs toujours très brunes et froides à quel point l'univers qu'il dépeint est empoisonné. L'imagination débordante de Clothias vient enrichir cette œuvre absolument superbe.

Qui a peur de la Mort ?, Nnedi Okorafor



   Je n'ai toujours pas réussi à déterminer si Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor est un coup de cœur pour moi, toujours est-il qu'il reste un souvenir de lecture lancinant. Il s'agit d'un roman d'anticipation qui place son intrigue, une fois n'est pas coutume, quelque part en Afrique (oui, je sais, c'est très vague et l'Afrique est vaste, mais l'autrice ne précise absolument pas sur les terres de quel pays exactement se passe son histoire.)
   L'histoire raconte la vie d'Onyesonwu, une jeune fille née d'un viol. Selon les superstitions de son village, c'est cette tragédie qui permet aux enfants issus de cette ignominie de développer des pouvoirs magiques. Au fur et à mesure qu'Onye grandit, qu'elle développe ses pouvoirs et apprend son histoire, sa soif de vengeance s'accroît, et elle décide de partir sur les traces de son père afin de lui faire payer le prix fort de son acte abominable. 
   Le roman est à la croisée des chemins entre le roman de science-fiction et d'anticipation, traitant de sujets très peu abordés dans la littérature de l'imaginaire tels le féminisme, et notamment l'afroféminisme, le sexisme et les violences faites aux femmes dans les cultures africaines, mais également le racisme en toile de fond. Un excellent roman, qui présente cependant des longueurs finalement surmontables.

L'Orange Mécanique, Anthony Burgess

 


    Vous connaissez sans doute tous le célèbre film Orange Mécanique de Stanley Kubrick, mais saviez vous qu'il s'agissait de l'adaptation d'un roman de science-fiction et anticipation ? Pour ceux qui vivent dans une grotte, l'histoire décrit les actes de violence et de violation de Alex Delarge, un jeune homme qui vit à Londres dans un futur proche avec sa bande de droogies. Un jour, Alex se fait dénoncer par sa bande, et est arrêté et envoyé en prison. Il va y subir le traitement Ludovico, à la suite duquel la violence et le sexe le rendent malade. Mais alors qu'il est relâché, Alex doit faire face à ses victimes.
   Je dois dire que ce roman est assez indescriptible. Âmes sensibles, abstenez-vous de le lire, car il est d'une violence extrême, mais c'est indéniablement un des meilleurs romans de science-fiction que j'ai pu lire jusqu'alors.

Ravage, René Barjavel

 

 
   Ravage est un roman d'anticipation et dystopique de René Barjavel qui révèle tout le pessimisme de l'auteur fasse aux nouvelles technologies et leur utilisation par les hommes. C'est un genre de Black Mirror dans le contexte, mais inversé, en livre, et écrit il y a 75 ans (donc, pas du tout comme Black Mirror, mais j'avais besoin d'un truc bien connu pour te mettre sur la piste...)
   L'histoire de ce roman montre comment, alors que le monde plonge dans un blackout complet (plus d'électricité, d'eau courante, de moyen de transport...), les humains plongent dans le chaos le plus total, provoquant ainsi le naufrage total de la société. C'est un roman important dans le contexte de son époque, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, qui en a horrifié plus d'un en voyant l'inventivité technologique des hommes pour se détruire mutuellement, et de nombreuses références sont faite notamment au régime de Vichy et à la France sous l'Occupation.

Le Transperceneige, Jacques Lob et Benjamin Legrand

 


    Décidémment, je n'aurais jamais autant parlé de BD sur ce blog que dans cet article ! 
   Le Transperceneige est une assez vieille série de BD, puiqu'elle a été créée dans les années 80. L'histoire prend place dans un monde post-apocalyptique dans lequel le reste du monde qui a survécu est entassé dans un train énorme qui roule éternellement. Il existe une hiérarchisation dans ce train : les riches vivent dans les wagons dorés du devant, et les pauvres, dans les wagons de fin de convoi. L'alimentation est gérée par les wagons potager, et des wagons militaires assurent la sécurité. Après un évènement effroyable dont le héros, Proloff, qui vit dans les wagons des pauvres, refuse de parler à ses interlocuteurs, celui-ci va décider de remonter les wagons un à un afin de découvrir ce qu'il se passe.
    La BD présente une atmosphère très étrange, elle est dessinée en noir et blanc, et elle présente les codes principaux des œuvres du post-apo, tout en axant sa philosophie sur la lutte des classes plutôt que sur un eugénisme dictatorial.

La Zone du Dehors, Alain Damasio





   Avant d'être l'un des meilleurs café-librairie de tout Bordeaux (comment ça, je fais de la pub ?), La Zone du Dehors est un roman d'anticipation écrit par l'auteur français Alain Damasio.
   On y suit la vie des habitants de Cerclon, une société pseudo-démocratique basée sur un satellite imaginaire de Saturne. Cette société est caractérisée parce qu'on appelle le "clastre" : tous les deux ans, les citoyens se réunissent donc pour classer leurs compatriotes selon leur comportement, l'efficacité au travail, bref, selon ce qui ferait d'eux de bonnes personnes. Les citoyens de Cerclon se surveillent donc mutuellement, car de leur classement dépend leur place dans la société. Cependant, le quotidien de cette société se voit bouleversée par les actions subversives de La Volte, un groupuscule contestataire qui va faire la révolution.
   Les références à 1984 sont nombreuses dans ce roman, allant de la date à laquelle se passe l'histoire, 2084, jusqu'au sujet du glissement d'une démocratie vers le totalitarisme, en passant par le système de surveillance généralisé de toute une société.


Globalia, Jean-Christophe Rufin

 



   Pour la fin de cette séléction, j'ai eu envie de privilégier des auteurs et artistes français, et surtout, pour ce dernier roman, je souhaite vous présenter un livre que j'ai découvert récemment, d'un auteur français dont je ne savais pas jusqu'alors qu'il écrivait aussi de la science-fiction : Jean-Christophe Rufin. 
   Globalia est un roman d'anticipation qui présente une dystopie. L'action se déroule dans un futur indéterminé, dans une période dont on sait seulement qu'elle est ultérieure à la nôtre. L'histoire est celle de Globalia, une sorte d'Etat mondial, qui assure la prospérité et la sécurité de tout le monde, tant que le système n'est pas remis en cause (une sorte de totalitarisme déguisé, en sorte). Les zones sécurisées sont principalement situées dans l'hémisphère nord, tandis que ce que l'on appelle les "non-zones" sont situées dans l'hémisphère sud. Ces "non-zones" sont réputées pour être inhabitées, mais elles abritent en réalité les personnes que Globalia considère comme étant des terroristes. On suit alors Baïkal Smith, un jeune Globalien qui cherche à fuir la société de Globalia qui lui pèse. Il se fait enrôler dans une machination afin de fédérer la population de cet Etat Mondial contre ces populations des "non-zones" en créant un ennemi public n°1.
   Le roman aborde quelques pistes de réflexion intéressantes : la difficulté de concilier liberté et sécurité, les droits de la société à exclure des individus pour son bien-être, le rôle qu'on les médias pour instaurer une cohésion dans la société, et leur influence dans la perception que l'on a de la société, entre autres. Des pistes de réflexion sur un sujet vieux comme le monde : la vie en société.

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   Et voilà pour cette première sélection de romans pour le Mois de l'Imaginaire ! J'espère qu'elle vous aura plu, et que je vous aurais fait découvrir de nouveaux livres, et surtout, donné envie de les lire. Certains d'entre eux pourraient parfaitement entrer dans le cadre d'un Winter Classic Novels Challenge, je dis ça, je dis rien. La prochaine sélection de ce mois de l'imaginaire, qui arrivera sans doute la semaine prochaine, portera sur les romans fantastiques/de fantasy de je conseille absolument ! Je vous souhaite pour le moment de belles lectures, et à une prochaine fois !


3 commentaires:

  1. Je garde surtout un bon souvenir, bien qu'ancien, de "Running Man" - qui s'intitulait autrefois "Marche ou crève", bizarrement. Déçu par "Ubik", en revanche...

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    1. "Running man" et "marche ou crève" sont deux livres différents, mais qui peuvent se ressembler, puisque les deux parlent de jeux qui s'amusent avec la vie et la mort des participant. J'ai une préférence pour "marche ou crève" qui est plus dépouillé, plus glaçant. La fin de "running man" est terrifiante par ce à quoi elle nous fait penser de nos jours, mais je ne peut rien dire sans spoiler.
      Léa Renaud

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    2. Merci pour cette précision… et au temps pour moi! :-)

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